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03/06/2007

Bonne fête maman


Roméo - Maman - 1973

02/06/2007

Se montrer peut nuire à l'autre

Il arrive qu’on ne puisse plus vivre caché, ou en cachant quelque chose de soi, et que l’obligation de se montrer devienne pressante, impérieuse, vitale. Et qu’est-ce qu’une société qui, tant par la bienséance de ses codes, le conservatisme de ses castes, que par la rigidité de ses rentabilités, empêche les uns et les autres de montrer “qui” ils sont vraiment? Que restent-ils de nos fugaces existences, si nous ne cherchons pas aussi parfois à démêler qui nous sommes, si nous ne nous essayons pas à diverses interprétations de nous-mêmes? Et n’est-ce pas le coeur battant de l’humaine créativité? On m’objectivera: faut-il pour cela sortir nos poubelles, exposer l’intimité de nos déchets? Peut-on tout montrer? Oui, pourtant, c’est souvent en rouvrant nos poubelles que nous trouvons, dans ce que nous avions d’abord jeté, le matériau le plus précieux pour cultiver notre jardin et recréer nos vies.
Il y a cependant une limite vitale à ce besoin parfois si impérieux. C’est que l’on ne peut se montrer que si l’on peut se cacher, se retirer, s’abriter derrière la pudeur, la retraite. Que serait une société où l’on ne pourrait rien cacher, où il faudrait sans cesse tout exprimer, tout exposer de sa vie intime, dans une sorte de transparence obligatoire? N’est-ce pas l’un des aspects les plus durement humiliants de l’existence des SDF? Il faut donc dans la société des lieux où chacun puisse se retirer de l’espace public.
Or l’oscillation entre ces deux moments si différents de nos vies fait que l’on ne sait pas toujours où l’on est. Tel qui voulait se cacher désire soudain au contraire se montrer, et tel qui s’exposait sans crainte, le voilà qui souhaite qu’on n’entende plus parler de lui. On me dira: tout cela, c’est encore l’humaine comédie. Mais il y a un point tragique. C’est qu’on n’est pas tout seul, et que l’on doit tenir compte, pour notre malheur comme pour notre bonheur, de notre infini endettement mutuel, de notre inextricable attachement mutuel. Nos récits de vie sont tellement mêlés qu’il nous est impossible de nous montrer sans montrer les autres. Et nous pouvons désirer nous mettre en avant quand nos proches veulent le secret, ou bien nous voulons la confidentialité quand des proches ne désirent que se raconter, exposer leur vie intime à laquelle nous sommes ou avons été liés.
Ce décalage entre soi et autrui est essentiel, et ne cesse de tirailler et de relancer nos relations. Il pointe même une des conditions les plus profondes de la vie morale, cette asymétrie entre soi et autrui, telle que ce qui est bon pour moi peut être mauvais pour l’autre. Il n’est jamais immoral de souhaiter une vie accomplie, une vie où l’on a pu montrer qui l’on était, de quoi l’on était capable. Mais il est immoral de porter tort à autrui, et que ma vie ne puisse s’accomplir pleinement qu’en écrasant la vie des autres. On pourrait dire que l(‘on tient ici la limite morale au désir de se montrer et de se raconter. Je ne pourrais me montrer ou raconter ma vie, la mettre en scène, que dans la mesure où je ne porte pas tort à la possibilité pour un autre de garder son secret, son intimité.
Mais cette limite est délicate, instable, et pour tout dire tragique, car parfois je ne peux la respecter qu’en faisant silence sur ce que je voulais dire ou montrer de moi-même. C’est pourquoi sans doute il faut, à l’art autobiographique et biographique en général du récit, autant de finesse, de tact, d’invention. C’est bien d’un art qu’il s’agit, qui comporte une dose de sagesse, de prudence, de retenue. Un tel sens poétiquen même lorsque par le scandale il brise la complaisance à soi d’un milieu ou d’une société, ne s’impose pas comme un droit, fût-ce au nom de l’oeuvre d’art. Car
sinon, la créativité n’est plus qu’un masque de la domination, de la violence faite à l’autre, par laquelle on le laisse sans expression, privé de la possibilité de se montrer, lui-même, d’une autre façon. Et cela ne saurait être de l’art.

Olivier Abel, philosophe,  La Croix 25 mai

01/06/2007

René Char: entre fureur et poésie

4cf801d98cac51c83d7525a85329ae18.jpgCentenaire de la naissance du poète René Char:

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Extrait de "Le Marteau sans maître", 1934 :

Commune présence

Tu es pressé d'écrire,
Comme si tu étais en retard sur la vie.
S'il en est ainsi fais cortège à tes sources.
Hâte-toi.
Hâte-toi de transmettre
Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance.
Effectivement tu es en retard sur la vie,
La vie inexprimable,
La seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t'unir,
Celle qui t'est refusée chaque jour par les êtres et par les choses,
Dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés
Au bout de combats sans merci.
Hors d'elle, tout n'est qu'agonie soumise, fin grossière.
Si tu rencontres la mort durant ton labeur,
Reçois-là comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride,
En t'inclinant.
Si tu veux rire,
Offre ta soumission,
Jamais tes armes.
Tu as été créé pour des moments peu communs.
Modifie-toi, disparais sans regret
Au gré de la rigueur suave.
Quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit
Sans interruption,
Sans égarement.


Essaime la poussière
Nul ne décèlera votre union.


René Char

31/05/2007

Magnificat

Pour (re) découvrir le Magnificat

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Mon âme exalte le Seigneur,
exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !

Il s'est penché sur son humble servante ;
désormais, tous les âges me diront bienheureuse.

Le Puissant fit pour moi des merveilles ;
Saint est son nom !

Son amour s'étend d'âge en âge
sur ceux qui le craignent.

Déployant la force de son bras, il disperse les superbes.
Il renverse les puissants de leur trônes, il élève les humbles.

Il comble de biens les affamés,
renvoie les riches les mains vides.

Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour,
de la promesse faite à nos pères, en faveur d'Abraham et de sa race, à jamais.

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit,
pour les siècles des siècles.
Amen.

08:00 Publié dans Prières | Lien permanent | Commentaires (0)

30/05/2007

Le message de l'homme "diminué"

d85eb18d4312ea022bd5d2d8cced0350.jpgIl y a dix ans, Jean-Dominique Bauby racontait, dans Le scaphandre et le papillon, ce qui lui était arrivé : journaliste connu, rédacteur en chef de Elle, il s'était retrouvé totalement paralysé, incapable de parler, à la suite d'un accident cardiovasculaire. Enfermé en lui-même avec, pour seule porte de sortie, la possibilité de cligner de l'oeil, pour signifier « oui » ou « non ». Dix jours après la sortie du livre, Jean-Dominique Bauby mourait. L'ouvrage connut un grand succès, mais il n'est pas sûr que l'on en ait mesuré, à l'époque, toute la signification. La semaine dernière, Julian Schnabel en présentait, à Cannes, l'adaptation cinématographique.

En dix ans, le paysage a changé. L'affaire Vincent Humbert est passée par là et le débat sur l'euthanasie s'est amplifié. Ce fut même, pendant quelques jours, un sujet de la campagne présidentielle. Il est vrai que les prouesses de la médecine permettent, aujourd'hui, de maintenir, dans une étrange survie, des accidentés ou des malades que l'on aurait, naguère, laissé mourir. Dès lors, la question du sens de la fin de la vie se pose d'une manière abrupte et nouvelle.

Par ailleurs, les progrès des techniques de dépistage prénatal, l'avancée des « nouveaux moyens de procréation » font surgir des interrogations comparables, à l'orée même de l'existence. Le professeur Sicard, président du Comité consultatif national d'éthique, a récemment tiré la sonnette d'alarme en disant que la société française était sans doute, en Europe, la plus allergique au handicap.

Donner la vie, à qui ? La prolonger ? Pour quoi ? Ces questions sont brutales, mais c'est bien ainsi que certains se les posent. Pas seulement celui qui souffre dans son propre corps, le handicapé, le malade, le mourant, lorsqu'il peine à trouver sens à la vie qui est la sienne. Mais aussi l'entourage : les parents, les amis, les collègues, voire les soignants, qui peuvent ne pas supporter le face- à-face, la charge, l'épreuve.

Enfin, l'irruption des nanotechnologies annonce, aux dires de certains, l'avènement d'un « homme augmenté », que des prothèses feraient échapper à sa finitude. Henri Atlan est allé jusqu'à envisager l'hypothèse de l'« utérus artificiel » qui « délivrerait », demain, la femme des inconvénients de la grossesse. Devant cette perspective de « sortie de l'humain », comment regarder l'homme « diminué », tel que l'était Bauby ?

Le film de Schnabel n'est pas un plaidoyer contre l'euthanasie, car il ne s'agit pas de tirer des leçons générales à partir d'un cas singulier. Le cinéaste, qui tente, avec beaucoup de talent, de faire entrer le spectateur dans le « scaphandre », dit, plus simplement, que cette histoire échappe à tout le monde... Comme elle a échappé à Bauby, le premier, pour l'étonner et surprendre son entourage, puis ses lecteurs.

Le film invite à prendre, dans ces situations impensables, le parti de l'échange, de la rencontre, d'un inconnu à découvrir. Si Bauby a écrit son livre, si nous pouvons, aujourd'hui, voir le film qui en est tiré, c'est notamment parce que deux femmes - une orthophoniste et une physiologiste - ont, un jour, accepté, contre toute raison, de prendre le temps d'être avec lui, parce qu'elles ont parié qu'il était possible qu'il se passe quelque chose. Parce qu'elles ont cru à la force du lien. Par ce lien mis à l'épreuve du temps - quelle patience pour prendre en note le livre de Bauby ! -, une fin de vie promise à l'insensé a pris un étonnant sens, celui de nous provoquer tous à ne désespérer de rien.

Cette parabole, pas seulement sur les ressources extraordinaires d'un homme au corps démoli, mais sur l'importance de la solidarité et, tout simplement, de l'affection, a, au fond, une portée politique.

 

Jean-François Bouthors, éditeur et écrivain.Editorial de Ouest-France, ce 30 mai 2007

28/05/2007

Hymne à l'Esprit (III)

 

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Ouvrez vos cœurs au souffle de Dieu, sa vie se greffe aux âmes qu'il touche;

Qu'un peuple nouveau renaisse des eaux, où plane l'Esprit de vos baptêmes!

- Ouvrons nos cœurs au souffle de Dieu, car il respire en notre bouche Plus que nous-mêmes!

Offrez vos corps aux langues du Feu: Que brûle enfin le cœur de la terre!

Vos fronts sont marqués des signes sacrés: Les mots de Jésus et de Victoire!

- Offrons nos corps aux langues du Feu Pour qu'ils annoncent le mystère De notre Gloire.

Livrez votre être aux germes d'Esprit venus se joindre à toute souffrance:

Le Corps du Seigneur est fait des douleurs de l'Homme écrasé par l'injustice.

- Livrons notre être aux germes d'Esprit

Pour qu'il nous donne sa violence à son service.  

08:00 Publié dans Prières | Lien permanent | Commentaires (0)