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23/09/2022

Faire silence de soi

« Je ne crois pas en Dieu, je le vis » Ce sont des textes choisis de Maurice Zundel, prêtre suisse, qui a notamment prêché une retraite pour le pape Paul VI. C’est une anthologie présentée par France-marie Chauvelot et préfacé par le père marc Donzé. Editions Le Passeur Editeur, 384 pages. 9,50€

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Maurice Zindel  invite les chercheurs de Dieu à un chemin de dépouillement. « Dieu ne se définit pas, Dieu s’expérimente quand nous décollons de nous-mêmes », il faut « cesser de nous regarder », « cesser de faire du bruit avec nous-mêmes », sans quoi nous manquerons le rendez-vous avec Dieu « souverainement personnel » et « fragile » « qu’on a caché au fond de nous-mêmes ». « Dieu fragile, c’est la donnée la plus émouvante, la plus bouleversante, la plus neuve, la plus essentielle de l’Evangile. Dieu fragile confié à notre conscience. Dieu fragile et désarmé tellement que c’est à nous de le protéger contre nous-mêmes ».

« Dieu est toujours déjà là, c’est-à-dire que Dieu est toujours donné, donné, donné », insiste Maurice Zundel. Et si Dieu nous semble absent, c’est parce que nous le sommes à nous-mêmes. Personne, quelle que soit son histoire personnelle, ne peut donc désespérer de faire l’expérience de Dieu. Mais il faut accepter de se décentrer, de « faire silence de soi » : « Nous pouvons toujours être pour Dieu un espace de lumière et d’amour qui lui permette de s’exprimer, de révéler et de se communiquer. Qu’elles qu’aient été mes fautes et mes infidélités, qu’importe ? je n’ai pas à apprécier ma vie, à mon point de vue. (…) Ne perdons pas notre temps à nous demander à quel degré nous avons trahi Dieu ou dans quelle mesure nous avons réalisé sa présence en nous. Tout commence aujourd’hui. » Pour Zundel, Dieu est déjà présent en nous et il est si impatient de nous rencontrer.

Dominique Greiner dans La Croix du 22 septembre 2022

22/09/2022

Déroulé de la messe

Une bonne présentation de la messe, rapide, juste, jeune et avec humour.

06/09/2022

L'âme humaine n'a pas changé

 

danse.jpgde Baudouin De Rycke (Belgique) :

La guerre, les violences urbaines, le réchauffement climatique, les épidémies, les accidents de la route, le harcèlement moral… : toute une gamme de maux et de souffrances dont on nous parle en boucle et qui nous inquiètent. Étonnamment, cette peur ne modifie pas vraiment notre façon de vivre.

Pour le comprendre, nous pouvons éventuellement invoquer la force incommensurable de l’habitude. Mais la raison la plus crédible est que nous ne souffrons pas vraiment avant d’être touchés personnellement par ce que nous craignons. Cela porte un nom qui nous est désormais familier : l’individualisme.

Pour assurer le maintien de notre somnolence, la vie nous offre le divertissement. Sans lui, pourrions-nous supporter la vision horrifique de ce qui nous menace ?

Certes, nous nous indignons. En attendant, le monde compte des milliards d’indignés, et son sens moral n’évolue presque pas. Faut-il vraiment s’étonner de cet étrange paradoxe ? Il est si doux de vivre sans responsabilité individuelle… […]

En réalité, l’âme humaine n’a pas changé, depuis la nuit des temps. Aux objets répugnants ne trouvons-nous pas trop souvent des appâts ? Nos repentirs ne sont-ils pas un peu lâches ? Ne cherchons-nous pas à donner de nous-mêmes une image vertueuse par la tonalité vibrante de nos lamentations improductives ? La déchéance morale de notre société ne tire-t-elle pas sa source dans notre hypocrisie, notre aveuglement ou nos lâches démissions ?

La faiblesse de l’homme ne peut, à elle seule, expliquer l’abaissement du sens moral qui survient périodiquement dans l’histoire de l’humanité. Chaque enfant qui naît est, en effet, doté d’une lumière éclatante de vérité, de beauté et de bonté. Mais si nos intérêts personnels et matérialistes sont les seuls à orienter nos choix, comment cette lumière pourrait-elle arriver à contenir les forces du mal, toujours aux aguets ?

Nous ne pouvons, et les enfants moins encore que tout autre, résister à la tyrannie de nos multiples désirs et de notre vanité sans nous munir du bouclier de la juste mesure.

Courrier des lecteurs - Ouest-France du 6 septembre 2022

07/07/2022

L'homme qui marche

Notre Dieu s'est fait homme

Pour que l'homme soit Dieu
Mystère inépuisable
Fontaine du Salut

Quand Dieu dresse la table
Il convie ses amis
Pour que sa vie divine
Soit aussi notre vie

 

Le Seigneur nous convoque
Par le feu de l'esprit
Au banquet de ses noces
Célébrées dans la joie

Nous sommes son Église
L'épouse qu'il choisit
Pour vivre son alliance
Et partager sa vie

 

Merveille des merveilles
Miracle de ce jour
Pour nous Dieu s'abandonne
En cette eucharistie

Chassons toute indolence
Le Christ est parmi nous
Accueillons sa présence
Et offrons-nous à lui

 

Il frappe à notre porte
Le Seigneur tout-puissant
Il attend humble et pauvre
Mendiant de notre amour

Dénué d'arrogance
Sous l'aspect de ce pain
Il se donne en offrande
Pour demeurer en nous

 

Que nos cœurs reconnaissent
En ce pain et ce vin
L'unique nécessaire
Qui surpasse tout bien

Ce que nos yeux contemplent
Sans beauté ni éclat
C'est l'amour qui s'abaisse
Et nous élève à lui

 

Parolier : Marc Dannaud

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Christophe Saccard

 

L'homme qui marche

 

Il marche. Sans arrêt, il marche. Il va ici puis là. Il passe sa vie sur quelque soixante kilomètres de long, trente de large. Et il marche sans arrêt. On dirait que le repos lui est interdit.

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Il va tête nue. La mort, le vent, l'injure, il reçoit tout de face, sans jamais ralentir son pas. A croire que ce qui le tourment n'est rien en regard de ce qu'il espère. A croire que la mort n'est guère plus qu'un vent de sable. A croire que vivre est comme il marche  -  sans fin.

 

L'humain est ce qui va ainsi, tête nue, dans la recherche jamais interrompue de ce qui est plus grand que soi. Et le premier venu est plus grand que nous : c'est une des choses que dit cet homme. C'est l'unique chose qu'qu'il cherche à faire entrer dans nos têtes lourdes. Le premier venu est plus grand que nous : il faut détacher chaque mot de cette phrase et le mâcher, le remâcher. La vérité, ça se mange. Voir l'autre dans sa noblesse de solitude, dans la beauté perdue de ses jours. Le regarder dans le mouvement de venir, dans la confiance de cette venue. C'est ce qu'il s'épuise à nous dire, l'homme qui marche : ne me regardez pas, moi. Regardez le premier venu et ça suffira, et ça devrait suffire.

 

Il va droit à la porte de l'humain. Il attend que cette porte s'ouvre. La porte de l'humain, c'est le visage. Voir face à face, seul à seul, un à un. Dans les camps de concentration, les nazis interdisaient aux déportés de les regarder dans les yeux sous peine de mort immédiate. Celui dont je n'accueille plus le visage  -  et pour l'accueillir, il faut que je lave mon propre visage de toute matière de puissance - celui-là, je le vide de son humanité et je m'en vide moi-même.

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Ce qu'il dit est éclairé par des verbes pauvres : prenez, écoutez, venez, partez, recevez, allez. Aucune de ces paroles à demi voilées, à demi données, dont l'obscurité permet aux maîtres d'asseoir leur maîtrise.

 

Il ne parle pas pour attirer sur lui une poussière d'amour. Ce qu'il veut ce n'est pas pour lui qu'il le veut. Ce qu'il veut, c'est que nous nous supportions de vivre ensemble. Il ne dit pas : aimez-moi. Il dit  : aimez-vous. Il y a un abîme entre ses deux paroles. Il est d'un côté de l'abîme et nous restons de l'autre. C'est peut-être le seul homme qui ait vraiment parlé, brisé les liens de la parole et de la séduction, de l'amour et de la plainte.

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Il dit qu'il est la vérité. C'est la parole la plus humble qui soit. L'orgueil, ce serait de dire : je la détiens, je l'ai mise dans l'écrin d'une formule. La vérité n'est pas une idée mais une présence. Rien n'est plus présent sue l'amour. La vérité, il l'est par son souffle, par sa voix, par sa manière amoureuse de contredire les lois de pesanteur, sans y prendre garde.

 

Que des millions d'hommes se soient nourris de son nom, qu'ils aient peint son visage avec de l'or, fait retentir sa parole sous des coupoles de marbre, cela ne prouve rien quant à la vérité de cet homme. On ne peut accorder crédit à sa parole en raison de la puissance historique qui en est sortie : sa parole n'est vraie que d'être désarmée. Sa puissance à lui, c'est d'être sans puissance, nu, faible, pauvre  -  mis à nu par son amour, affaibli par son amour, appauvri  par son amour. Telle est la figure du plus grand roi d'humanité, du seul souverain qui ait jamais appelé ses sujets un à un, à voix basse de nourrice. Le monde ne pouvait pas l'entendre. Le monde n'entend que là où il y a un peu de bruit et de puissance. L'amour est un roi sans puissance, dieu est un homme qui marche bien au-delà de la tombée du jour.

 

                     Extraits de: " L'homme qui marche" . Christian Bobin    Ed. Le temps qu'il fait

 

30/03/2022

Le pardon

18/03/2022

La grâce de l'espérance

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D'après Péguy, des trois vertus théologales - la foi, l'espérance et la charité -, c'était la deuxième la plus difficile à trouver, mais aussi la plus miraculeuse. La foi va de soi: il suffit de savoir regarder le monde qui nous entoure, des étoiles qui ensablent le ciel aux abîmes obscurs des océans, de la tempête qui fait bondir les vagues à la minuscule procession des fourmis rampant dans la terre. La charité va de soi: il faudrait avoir un cœur de pierre pour ne pas tendre la main à ceux qui sont dans la détresse, pour ne pas éprouver de la compassion à la vue des malheureux et ne pas tenter de leur venir en aide. Mais l'espérance... Voilà qui est étonnant, voilà qui dépasse l'entendement. Être témoin de toutes les épreuves et de toutes les catastrophes qui ébranlent le monde et croire tout de même que demain tout ira mieux. Croire, même au plus profond de l'inquiétude, que le jour qui se lève sera meilleur que le précédent. Et renoncer à la plus grande et à la plus commune des tentations qui est celle de désespérer. Mais comment la trouver, cette flamme vacillante, cette maigre lueur? Comment ne pas sentir son cœur moisir de rancœur et de découragement au fil des deuils et des désillusions? 

Dans "la grâce" de Thibault de Montaigu, éd Plon 2021