Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

25/09/2021

La poésie...

La poésie n'est pas de l'information. Pourtant c'est la seule chose qu'un être humain retiendra de son passage sur terre. Je détourne le regard de ces images, elles disent le réel, pas la vérité."

Gaël Faye dans "Petit pays"  Grasset  2016

04/05/2021

Dialogue avec l'ange

danse.jpg

Dialogue avec l'Ange de Patrice Van Eersel 

De nous deux, le léger, c'est moi 
toi, tu as le privilège d'habiter un corps.
Alors habites-le la voie c'est le poids.
Pèse ! mais pèse joyeusement.
Ainsi, entre toi et moi se tendront 
les cordes d'un instrument très subtil et
nous pourrons commencer à résonner
ensemble à la musique divine
d'une façon radicalement nouvelle
à chaque instant, en toute liberté, et
cela fera naître, puis danser l'homme”. 

30/03/2021

Etre poète

ouessant.jpg

Je considère qu'être poète est un métier, mais au sens de "remettre mille fois sur le métier". C'est une profession, au sens d'une profession de foi. L'un de mes recueils de poèmes s'appelle Le Jardin des tempêtes. J'ai trouvé cette expression à Ouessant. Elle désigne les jardins qui sont clôturés avec les épaves des bateaux ayant fait naufrage pendant des tempêtes. Elle correspond exactement à ce que je fais. Le jardin, c'est nous, et les tempêtes, c'est la vie. Je cherche à cultiver des fleurs pendant la tempête.

Yvon Le Men dans La Croix n°41965 du 26 mars 2021

22/05/2020

Réflexions poétiques

Quelques citations du poète et diplomate libanais, Salah Stétié, décédé le 20 mai à 90 ans:

stétié.jpg

Chacun de sa larme secrète arrose une fleur connue de lui seul.

Homme: un improbable qui rêve d'un impossible.

Avant et après l'oubli, il y a un long crépuscule qui est la vie.

28/04/2020

Cadeau!

Cadeau! Coronavirus, covid 19, confinement, cluster, comme ces mots ont compartimenté, contrarié, converti, corrigé notre carême! Ils nous ont carrément tournés vers nos coreligionnaires et nos concitoyens ou compatriotes. Coups de fils, visio-conférences, courriels et courriers ont composé le cours de nos journées en matière de communication. Et que dire de notre consommation? Curieusement, les commerces du coin, à côté de nos aires de cloisonnement, ont eu la cote! Carottes, côtes de blettes, cresson ou côtelettes, camembert et autres comestibles ont composé nos coupe-faim. Et nous nous sommes croisés, côtoyés, mais sans caddy à la main, sans courses compulsives et sans minutes comptées, mais, avec de courtes conversations, capitalisant sur le calme et, coïncidence, la baisse de l’indice carbone.

Et que dire des cris, pardon du chant du coq ou du coucou, du cancan du canard colvert, du croassement du corbeau ou de la corneille. Constat est là: ils s’étaient carapatés de notre cogitation. Concert du martinet nous voilà cools, confiants, contents !

Calmement, nous commençons à comprendre que course effrénée, cumul et consommation sans compter ont cassé, creusé, coulé, clairsemé la clarté de notre conscience.

Finis les calculs compliqués, cultivons notre curiosité, calquons le cours de nos envies sur la croissance de Dame Nature! Contemplation de la création et cadence de nos vies concourent à une saine cohabitation et une meilleure considération.

Croire, craindre, faire confiance, combattre, que faire pour contrecarrer nos cafouillages?

Cabrioler, carburer, coucouner, courir, colorer feront carillonner, crépiter nos vies après ces calendes de cantonnement.

Mais coexister, concilier, covoiturer, créer, consentir contribueront à la rendre plus cohérente, conviviale.

En sommes-nous capables, convaincus?

Et contre tout courant catastrophique, conservons notre clairvoyance et croyons en l’avenir!

Source

07/02/2020

Nous sommes tous des poètes

Le-cercle-des-poetes-disparus.jpgRegardez un enfant en train d’écouter un poème : vous ne verrez que de la joie. Il chante, il danse, il tape dans ses mains en suivant le rythme et les rimes des mots tout neufs qu’il vient de découvrir. Il n’y a pas si longtemps, ma fille a emporté un recueil de poèmes à l’école, pour pouvoir partager ses textes préférés avec la maîtresse. L’après-midi, quand je suis allée la chercher, je l’ai trouvée assise sur un banc au milieu de ses petits camarades, chantant en chœur le refrain de Zim zam zoom, un poème espiègle de James Carter. Spectacle réjouissant, mais triste, aussi car je savais que j’assistais à un moment qui ne se répéterait pas éternellement. Dans quelques années, ma petite fille amoureuse de poésie ne scandera peut-être plus ces strophes ; le passage du temps faisant son office, la magie et la fête de la poésie finiront par disparaître.

Le-cercle-des-poetes-disparus2.jpgJe vais souvent à la rencontre d’adolescents dans les écoles ou lors de festivals, et je prends toujours soin de ne pas déclarer d’emblée que je vais leur parler du pouvoir de transformation propre à la poésie. Je ne suis pas idiote ! Je sais bien ce qui se passerait, je l’ai vu tant de fois : il suffit de dire à ces ados qu’on va parler de poésie pour qu’ils lèvent les yeux au ciel - et encore, ils prennent parfois un air beaucoup plus féroce. Comment expliquer cela ? Pourquoi des enfants de 7 ans sont-ils ouverts à la poésie, tandis que des ados de 14 ont peur d’elle, ou, pire, montrent les dents ? Et pourquoi ce changement d’attitude n’advient-il pas face à d’autres formes d’art ? Les ados continuent d’aimer les arts visuels, le cinéma, la musique et la danse. Serait-ce la poésie elle-même qui se transforme ? Devient-elle moins existentielle ? Bien sûr que non. Voilà ce qui se passe : d’abord éprouvée intérieurement, avec le cœur, la poésie semble se cantonner ensuite à une pratique purement intellectuelle. A qui la faute ? Approchez-vous un peu. Je vais vous le dire tout bas, dans un soupir un peu excédé : c’est la faute des adultes, et tout particulièrement des adultes qui enseignent la poésie.

enfant poete.jpgJe sais, je viens de pointer mon ennemi très sévèrement du doigt, mais attention : je suis tout à fait prête à me mettre dans le même sac. J’ai été prof de littérature pendant dix ans, et moi aussi, je me suis rendue coupable du même forfait : ne pas savoir au juste comment enseigner la poésie à ces adolescents. Ne me comprenez pas de travers, évidemment que je voulais leur faire aimer les poèmes, mais il ne faut pas oublier qu’ils avaient des examens très importants à passer, et il me semblait donc plus crucial que ces élèves comprennent les textes qu’ils devaient étudier, qu’ils soient en mesure de décortiquer et de recracher leur leçon face à un examinateur impatient, plutôt que de s’amuser avec les mots. Je n’avais tout bonnement pas le temps de me transformer en une version moins brillante de Robin Williams dans le Cercle des poètes disparus. Et puis, l’école ne m’aurait pas remerciée. Et les parents non plus. Mais les enfants ? Avec le recul, peut-être qu’un peu d’anticonformisme ne leur aurait pas déplu.

A l’école, les élèves ont d’abord l’impression que la poésie leur appartient, mais cette impression s’estompe, et ils considèrent bien vite qu’ils ne sont pas à même d’apprécier les poèmes ou d’y réagir à moins d’avoir compris le texte dans ses moindres détails. J’ai assisté à des cours où l’on demandait aux élèves d’aborder le poème en commençant par souligner tous les mots qu’ils ne comprenaient pas. Tu parles d’une entrée en matière !

 

Traduit de l’anglais par Alexandre Pateau.

Sarah Crossan, auteure irlandaise

Source