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15/10/2016

Faire sens

bd.jpegBob Dylan n'est pas si loin de Shakespeare. Dans une tirade de Macbeth, ce dernier lance : « La vie n’est qu’une ombre qui passe, un pauvre acteur qui se pavane et s’agite durant son heure sur la scène et qu’ensuite on n’entend plus. C’est une histoire dite par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien. »

Mais ce constat désabusé est contredit par le simple fait que nous lisons encore cette tirade. Il suffit de la dire pour comprendre qu’un poète, un créateur, est précisément celui qui tire du bruit et de la fureur une œuvre qui fait sens, qui émeut, qui interroge… Et la réussite de Bob Dylan, celle qu’honore le prix Nobel, c’est d’avoir su donner à son art une dimension populaire : il a offert, à tous ceux qui entendent l’anglo-américain, l’accès à une profondeur poétique que la culture de masse, souvent, ignore ou écrase, quand elle ne la ridiculise pas.

JF Bouthors Ouest-France 15 octobre 2016

Texte complet ICI

06/10/2016

La parole poétique

poesie.jpgComme le symbole, la poésie fait signe, suggère la richesse profuse d'un « invisible » sans lequel le visible bascule dans le morne ennui de la platitude. Elle donne à penser, à rêver, à méditer en ouvrant le lecteur aux perspectives de sa vocation spirituelle, au sens le plus large du mot. Car l'homme, dit fortement Pierre Emmanuel, est « la seule créature qui ne soit pas seulement une créature » mais une aspiration à l'Être.

En cela, la poésie fait figure d'oxygène indispensable sinon vital. « Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides », conseille Baudelaire qui poursuit : « Derrière les ennuis et les vastes chagrins/Qui chargent de leur poids l'existence brumeuse/Heureux celui qui peut d'une aile vigoureuse/S'élancer vers les champs lumineux et sereins. »

Se souvenir d'Yves Bonnefoy
C'est à la portée de tous à condition de se défaire de soi, de s'abandonner à la grâce du Cimetière marin de Valéry : « Ce toit tranquille, où marchent des colombes. Entre les pins palpite, entre les tombes… » ou des Yeux d'Elsa d'Aragon : « Tes yeux sont si profonds qu'en se penchant pour boire/J'ai vu tous les soleils y venir se mirer… » Ou bien encore ce si sobre « Le feu est clair, la table mise, le vin brille dans les carafes » de Bonnefoy. Il irradie.

Dans ses nombreuses conférences, Bonnefoy n'a cessé d'insister sur le grave préjudice causé à la poésie par l'invasion des images qui finissent par stériliser la capacité d'imaginer. Puisque ces images toutes faites nous sont offertes sans compter, à quoi bon s'astreindre à ce joyeux effort de la lecture dont porte témoignage Le cercle des poètes disparus ?

Mais justement, est-il si joyeux après une scolarité où trop souvent, à l'écoute attentive, respectueuse et fervente du poème et de sa musique est substitué un écorché comme on le fait des grenouilles sur la paillasse, un dépeçage apparenté à une opération de conquête, de prise de possession guère éloignée du viol. D'où le conseil de « ne pas trop céder à la tentation de faire des analyses textuelles » pour savourer le suc de la « parole » dès lors apprise… « par cœur ». Que dirait-on d'un enseignement musical limité aux cours de solfège ?

Se mettre dans l'« état de poésie » (Georges Haldas), c'est s'ouvrir à la profondeur des choses pour communiquer avec le « sens fondamental de la vie ». Mais cela suppose une disposition devenue de plus en plus rare à faire silence, à entrer en silence et à se donner la possibilité d'« entendre dans chaque mot un silence qui est, en dessin, l'équivalent de la non-couleur, du vide ». De l'importance, comme le dit dans un clin d'œil le poète breton Gilles Baudry, de « laisser au silence… le dernier mot ».

Jacques Le Goff, professeur émérite des universités

Ouest-France du 24 août 2016?

Source et texte complet ICI

26/08/2016

La poésie

poesie.jpgParlant de poésie le philosophe Gaston Bachelard évoque une « surrationalité » parce que le langage poétique permet de faire émerger des valeurs enfouies que le langage courant ignore.
C’est l’intérêt majeur de l’expérience poétique tout entière orientée vers la contemplation de la nature et des instants privilégiés qui donnent un sens à la vie : un temps arrêté, immobilisé, prélude du silence où les mots vont jaillir noués dans un même désir de transcendance et d’harmonie.
Les cadres de la vie quotidienne brisés, le souffle de la poésie entraîne l’homme vers d’autres rivages : « La poésie cherche l’instant elle n’a besoin que de l’instant. Elle crée l’instant… c’est dans le temps vertical d’un instant immobilisé que la poésie trouve son dynamisme pur de la poésie pure. C’est celui qui se développe verticalement dans le temps des formes et des personnes » écrit le philosophe Gaston Bachelard dans son ouvrage le « droit de Rêver ».
Cet élan vital n’est pas propre au verbe poétique, on peut le ressentir intensément dans la force des images. Ainsi les peintres impressionnistes s’imprégnaient-ils des mouvements de la lumière et de l’eau dans les paysages pour traduire ces instants de vie, fulgurances poétiques qui nous portent ailleurs et plus loin !

Réflexions que je partage prises ICI

27/05/2016

Le décalogue de la sérénité

colza.jpg

 

1. RIEN QU'AUJOURD'HUI, j'essaierai de vivre exclusivement la journée sans tenter de résoudre le problème de toute ma vie.
2. RIEN QU'AUJOURD'HUI, je porterai mon plus grand soin à mon apparence courtoise et à mes manières ; je ne critiquerai personne et je ne prétendrai redresser ou discipliner personne si ce n'est moi même.
3. RIEN QU'AUJOURD'HUI, je serai heureux, dans la certitude d'avoir été créé pour le bonheur, non seulement dans l'autre monde mais également dans celui-ci.
4. RIEN QU'AUJOURD'HUI, je m'adapterai aux circonstances, sans prétendre que celles-ci se plient à tous mes désirs.
5. RIEN QU'AUJOURD'HUI, je consacrerai dix minutes à la bonne lecture, en me souvenant que, comme la nourriture est nécessaire à la vie du corps, la bonne lecture est nécessaire à la vie de l'âme.
6. RIEN QU'AUJOURD'HUI, je ferai une bonne action et je n'en parlerai à personne.
7. RIEN QU'AUJOURD'HUI, je ferai au moins une chose que je n'aurai pas envie de faire ; et si j'étais offensé, j'essaierai que personne ne le sache.
8. RIEN QU'AUJOURD'HUI, j'établirai un programme détaillé de ma journée. Je ne m'en acquitterai peut-être pas entièrement, mais je le rédigerai. Et je me garderai de deux calamités : la hâte et l'indécision.
9. RIEN QU'AUJOURD'HUI, je croirai fermement - même si les circonstances prouvent le contraire - que la bonne Providence de Dieu s'occupe de moi comme si rien d'autre n'existait au monde.
10. RIEN QU'AUJOURD'HUI, je ne craindrai pas. Et tout spécialement, je n'aurai pas peur d'apprécier ce qui est beau et de croire en la bonté.

Pape Jean XXIII

10:25 Publié dans Pensées | Lien permanent | Commentaires (1)

13/05/2016

Où donc est le bonheur?

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Où donc est le bonheur ? disais-je. - Infortuné !
Le bonheur, ô mon Dieu, vous me l'avez donné.

Naître, et ne pas savoir que l'enfance éphémère,
Ruisseau de lait qui fuit sans une goutte amère,
Est l'âge du bonheur, et le plus beau moment
Que l'homme, ombre qui passe, ait sous le firmament !

Plus tard, aimer, - garder dans son cœur de jeune homme
Un nom mystérieux que jamais on ne nomme,
Glisser un mot furtif dans une tendre main,
Aspirer aux douceurs d'un ineffable hymen,
Envier l'eau qui fuit, le nuage qui vole,
Sentir son coeur se fondre au son d'une parole,
Connaître un pas qu'on aime et que jaloux on suit,
Rêver le jour, brûler et se tordre la nuit,
Pleurer surtout cet âge où sommeillent les âmes,
Toujours souffrir ; parmi tous les regards de femmes,
Tous les buissons d'avril, les feux du ciel vermeil,
Ne chercher qu'un regard, qu'une fleur, qu'un soleil !

Puis effeuiller en hâte et d'une main jalouse
Les boutons d'orangers sur le front de l'épouse ;
Tout sentir, être heureux, et pourtant, insensé !
Se tourner presque en pleurs vers le malheur passé ;
Voir aux feux de midi, sans espoir qu'il renaisse,
Se faner son printemps, son matin, sa jeunesse,
Perdre l'illusion, l'espérance, et sentir
Qu'on vieillit au fardeau croissant du repentir,
Effacer de son front des taches et des rides ;
S'éprendre d'art, de vers, de voyages arides,
de cieux lointains, de mers où s'égarent nos pas ;
Redemander cet âge où l'on ne dormait pas ;
Se dire qu'on était bien malheureux, bien triste,
Bien fou, que maintenant on respire, on existe,
Et, plus vieux de dix ans, s'enfermer tout un jour
Pour relire avec pleurs quelques lettres d'amour !

Vieillir enfin, vieillir ! comme des fleurs fanées
Voir blanchir nos cheveux et tomber nos années,
Rappeler notre enfance et nos beaux jours flétris,
Boire le reste amer de ces parfums aigris,
Etre sage, et railler l'amant et le poète,
Et, lorsque nous touchons à la tombe muette,
Suivre en les rappelant d'un oeil mouillé de pleurs
Nos enfants qui déjà sont tournés vers les leurs !

Ainsi l'homme, ô mon Dieu ! marche toujours plus sombre
Du berceau qui rayonne au sépulcre plein d'ombre.
C'est donc avoir vécu ! c'est donc avoir été !
Dans la joie et l'amour et la félicité
C'est avoir eu sa part ! et se plaindre est folie.
Voilà de quel nectar la coupe est remplie !

Hélas ! naître pour vivre en désirant la mort !
Grandir en regrettant l'enfance où le coeur dort,
Vieillir en regrettant la jeunesse ravie,
Mourir en regrettant la vieillesse et la vie !

Où donc est le bonheur, disais-je ? - Infortuné !
Le bonheur, ô mon Dieu, vous me l'avez donné !

Victor Hugo, Les Feuilles d'Automne, XVIII

11/03/2016

Le petit colibri

colibri.jpgUn feu dévastateur se déclenche sur la terre, qui se propage à grande vitesse de village en village, de forêt en forêt… Les hommes courent, s’empressent, mais rapidement n’ont plus qu’une hâte : s’éloigner et se mettre à l’abri.

Dans le ciel, un petit colibri s’affaire. Il vote de feuille en feuille, très haut, à la recherche de la moindre goutte d’eau. Dès qu’il en saisit une, au creux d’une feuille ou d’une souche, il la met dans son bec et va la projeter sur le feu. Et le manège recommence, le petit colibri s’affaire, toujours plus rapide et concentré sur sa tache.

Un homme qui l’aperçoit le rappelle à l’ordre « Petit colibri, mais pourqu’on t’affaires tu ? Tu vois bien qu’à toi tout seul, tu n’éteindras pas le feu.. »

Et le petit colibri répond : « je fais ma part ».

Pierre Rabhi