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26/07/2015

Le confiteor de l'artiste

 

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Que les fins de journées d’automne sont pénétrantes ! Ah ! pénétrantes jusqu’à la douleur ! car il est de certaines sensations délicieuses dont le vague n’exclut pas l’intensité ; et il n’est pas de pointe plus acérée que celle de l’Infini.
Grand délice que celui de noyer son regard dans l’immensité du ciel et de la mer ! Solitude, silence, incomparable chasteté de l’azur ! une petite voile frissonnante à l’horizon, et qui par sa petitesse et son isolement imite mon irrémédiable existence, mélodie monotone de la houle, toutes ces choses pensent par moi, ou je pense par elles (car dans la grandeur de la rêverie, le moi se perd vite !) ; elles pensent, dis-je, mais musicalement et pittoresquement, sans arguties, sans syllogismes, sans déductions.
Toutefois, ces pensées, qu’elles sortent de moi ou s’élancent des choses, deviennent bientôt trop intenses. L’énergie dans la volupté crée un malaise et une souffrance positive. Mes nerfs trop tendus ne donnent plus que des vibrations criardes et douloureuses.

Et maintenant la profondeur du ciel me consterne ; sa limpidité m’exaspère. L’insensibilité de la mer, l’immuabilité du spectacle, me révoltent… Ah ! faut-il éternellement souffrir, ou fuir éternellement le beau ? Nature, enchanteresse sans pitié, rivale toujours victorieuse, laisse-moi ! Cesse de tenter mes désirs et mon orgueil ! L’étude du beau est un duel où l’artiste crie de frayeur avant d’être vaincu.

 

Charles Baudelaire, « Petits poèmes en prose », 1869

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21/07/2015

Vivre au plus près

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« Un jour, gravissant une montagne,

j’ai aperçu une bête au loin.

Grimpant plus et m’approchant,

je me suis rendu compte que c’était un homme.

Quand je me suis trouvé tout près,

j’ai vu que c’était mon frère.»

(Proverbe d’Asie)

02/07/2015

Visage

visage.jpgIl y a plus de texte écrit sur un visage que dans un volume de la Pléiade, et quand je regarde un visage, j’essaie de tout lire, même les notes en bas de page.

Je pénètre dans les visages comme on s’enfonce dans le brouillard, jusqu’à ce que le paysage s’éclaire dans ses moindres détails.

 

Christian Bobin

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08/06/2015

Ah tous ces mots!

mots.jpgIl y a dans notre belle langue française des mots qu'on utilise pour meubler la conversation ou pour chercher les mots suivants. Il y a comme ça des effets de mode. Souvent les medias sont coupables, ils imposent à la France entière une manière de parler. Je m'amuse souvent à repérer ces mots ou expressions.

En ce moment, c'est l'expression "du coup" qui est en tête du hit-parade, suivie de très près de "effectivement", "tout-à-fait" et "certes". Mais on a eu il y a quelques années "ça va pas le faire", et on a toujours à la télé ou à la radio "merci d'avoir été avec nous".

Dans la presse locale, on a de plus en plus le verbe "s'inviter" comme dans, par exemple: "Le soleil s"est invité à la fête".

Aujourd'hui on n'interdit plus, mais on dit: "merci de ne pas marcher sur les pelouses" ou encore "nos amis les chiens ne sont pas acceptés."   Ah, tous ces mots!   TP

26/04/2015

Prendre le temps

Je vais prendre le temps

de laisser poser mon regard

sur les choses de tous les jours

et les voir autrement,

celles que chaque matin,

je croise sans les voir.

 

 

Toutes les choses familières

que je côtoie à longueur de jour,

de mois, d’année…

 

Je vais prendre le temps

de voir l’étrangeté des arbres,

ceux de mon jardin, ceux du parc voisin,

qui le crépuscule venu bruissent de mystère…

 

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Je vais prendre le temps

de poser mon regard

sur les êtres que j’aime

et de regarder autrement les miens,

celles et ceux qui me sont les plus proches

et que parfois je ne vois même plus,

que je n’entends même plus,

tant le souci de mes affaires, de mon travail,

parasitent mon cœur et mon corps…

 

Oui, je vais prendre le temps de les découvrir

de me laisser surprendre

encore et toujours par ceux que j’aime.

 

Oui, je vais prendre le temps de te rencontrer aussi,

toi mon Dieu,

au-delà des mots, des formules et des habitudes.

 

Oui, je vais aller à ta rencontre comme au désert

et tu me surprendras, mon Dieu.

Oui, je vais prendre le temps

de te rencontrer autrement.

 

Saint Augustin

 

24/04/2015

L'instant présent

 

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L’instant présent est souvent oublié, banalisé, subi. 
On court et on vit dans l’attente d’une échéance, d’un rendez-vous, d’un événement à venir. On souhaite souvent que le futur advienne plus vite. « Vivement le week-end ou les vacances, ce soir ou la retraite… »

 

Et avant le week-end, avant les vacances, avant la retraite, que va-t-on faire de ce temps qui s’écoulera jusque-là, de l’instant, de maintenant? Tuer le temps? Expression regrettable !

 

Attendre sans cesse un événement futur, un projet, une rencontre, un dîner, un amour, des vacances, du temps libre, la retraite… 
Le bonheur semble toujours à venir. Personne ne paraît satisfait de ce qu’il a, du temps présent dans lequel on vit.

 

Alors on rêve de futur, on néglige le présent que l’on trouve banal, insatisfaisant, pourtant la vie s’écoule, se joue maintenant, dans cet instant même où vous me lisez, la vie est précieuse à tout moment…

 

 Charlotte Valandrey