10.10.2009
J'inventerai

J'inventerai des mots vivants comme des sources,
des mots ensoleillés comme un enfant heureux
s'arrête de jouer pour se désaltérer -
et je boirai cette eau qui me parle de toi.
J'inventerai des mots clairs comme des torrents,
des mots dans la forêt, ruisselants de lumière
comme ce jour d'été où je t'ai rencontré -
et je m'y baignerai en souvenir de toi.
J'inventerai des mots ronds comme des amphores,
des mots nés de l'amour de la terre et du feu,
je les façonnerai dans l'argile du temps -
et je les emplirai du parfum de ton nom.
J'inventerai des mots comme un cri de trompette,
des mots comme un volcan éclatant dans la nuit,
déchirant mon sommeil, dévastant mon espoir -
et je m'éveillerai, brûlé par ton absence.
J'inventerai des mots dressés comme des croix,
des mots qui font souffrir quand on voudrait aimer
à tous les carrefours, à toutes les rencontres -
et je les sculpterai dans le bois de ma vie.
J'inventerai des mots comme des tombeaux vides,
des mots comme un ciel gris quand on a tout perdu,
quand il ne reste plus qu'à retourner chez soi -
et je découvrirai que tu viens sur ma route.
J'inventerai des mots pour toutes les saisons,
des mots pour tous les jours, des mots pour le dimanche,
des mots pour l'abandon, des mots pour le bonheur -
enfin, j'écouterai les mots de ton silence.
A. M. LECLERCQ
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26.09.2009
Instants de préface
Les recueils de Gilles Baudry sont, comme l’on dit, des « livres rares ».
D’abord parce qu’ils ne répondent pas une frénésie de publication et arrivent sur l’étal quand « le fruit est mûr ». Ensuite, parce qu’ils sont « couchés » sur vélin et qu’on accède aux textes, comme autrefois, grâce à un coupe-papier.
Voici donc le 9ème recueil du moine poète de Landévennec publié chez Rougerie. Il y a 24 ans, un premier recueil Il a neigé tant de silence avait obtenu le prix Artaud.
Ces instants de préface proposés aujourd’hui par Gilles Baudry- parce que « la plupart de nos instants sont des instants de préface » (Emily Dickinson) – sont puisés dans le quotidien d’une vie émerveillée qui puise « à quatre mains dans la respiration des jours. »
C’est au dépassement que nous appelle, en définitive, l’auteur, pour faire jaillir de notre humanité la force de « conjurer l’inexorable nuit ». Parole de poète à l’écoute du Mystère.
P.T. dans Ouest-France du 22septembre 2009
Ces initiales ne sont pas les miennes.
Gilles Baudry a aussi publié chez Rougerie
- Il a neigé tant de silence (1985)
- Jusqu’où meurt un point d’orgue (1987)
- La seconde lumière (1990)
- Invisible ordinaire (1995)
- Présent intérieure (1998)
- Versants du secret (2002)
- Nulle autre lampe que la voix (2006
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22.09.2009
Automne

Les sanglots longs
des violons
de l'automne
blessent mon coeur
d'une langueur
monotone.
Tout suffocant
et blême, quand
sonne l'heure.
je me souviens
des jours anciens,
et je pleure...
Et je m'en vais
au vent mauvais
qui m'emporte
de çà, de là,
pareil à la
feuille morte...
Paul Verlaine
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15.09.2009
Lumière

Terre à terre comme
Vulgaire post-it
Décoller ma gomme
Du désert tout de suite
Feuille morte avalée
Prendre la fuite
Voler vers la lumière
Qui m’invite
TP
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26.08.2009
Bible de blé

Quel est ce touchant attachement
cette écarlate incarnation
qui me tend et m’étend vers toi ?
Rien d’autre
que ta douce volonté
devant laquelle
s’exposent les miennes
à genoux
Rien d’autre
que ta bonne parole
Bible de blé
d’orge et de lumière
à mes lèvres
TP
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24.07.2009
Trois poèmes + 1
Le ciel imprègne la plage
Où luit l'image de la mer
Moins radieuse que ton silence
» » »
Mais ne méprise jamais pèlerin
Dans les derniers replis du soir
Au bord des lacs où dorment les montagnes
La femme, plus odorantes que les pains
Au corps de pollens et de raisins noirs.
» » »
Les grands automnes descendent de la montagne
en silence
Jusqu'aux abeilles qui abandonnent nos dernières roses
Où la rosée du matin
A déjà le parfum de la neige.
- c’est ici
- que la lumière
- est toujours faite d’ombre
- chatoyante
- embrasée
- elle se fond dans les feuilles
- les mousses les broussailles
- ou la chair de l’aubier
- ne restent que les traces
- noir et or
- de l’incendie
- et mille lambeaux de sang
- sur les branches
- le vent lui-même
- malgré ses étoiles
- demeure obscur
- chargé d’oubli
- Jean Mambrino
"Clairière", dans L’oiseau-coeur, éd. Stock-Poésie, 1979, p. 53.
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09.07.2009
Entre, Seigneur
Cherches-tu, Seigneur, une oreille?
Entre: sa corolle est ouverte.
Ton silence avive le mien,
ma solitude n'est plus seule.
Se taire est une telle paix
quand je suis en ta compagnie.
Ce moment d'âme sans durée
aux écoutes de l'invisible
tient du miracle et de la neige
en face du Buisson ardent.
Il y a cette voix en moi
qui cherche et ne trouve aucun chant.
Seul ton nom, Jésus, à feu doux,
à chaque battement de coeur,
passe et repasse sur mes lèvres
tel un harmonica d'enfant.
Frère Gilles Baudry, Landévennec
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03.07.2009
Larme

Larme
Loin des oiseaux, des troupeaux, des villageoises,
Je buvais, accroupi dans quelque bruyère
Entourée de tendres bois de noisetiers,
Par un brouillard d'après-midi tiède et vert.
Que pouvais-je boire dans cette jeune Oise,
Ormeaux sans voix, gazon sans fleurs, ciel couvert.
Que tirais-je à la gourde de colocase ?
Quelque liqueur d'or, fade et qui fait suer.
Tel, j'eusse été mauvaise enseigne d'auberge.
Puis l'orage changea le ciel, jusqu'au soir.
Ce furent des pays noirs, des lacs, des perches,
Des colonnades sous la nuit bleue, des gares.
L'eau des bois se perdait sur des sables vierges,
Le vent, du ciel, jetait des glaçons aux mares...
Or ! tel qu'un pêcheur d'or ou de coquillages,
Dire que je n'ai pas eu souci de boire !
Arthur Rimbaud (1872)
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23.06.2009
A la musique
Place de la Gare, à Charleville.
Sur la place taillée en mesquines pelouses,
Square où tout est correct, les arbres et les fleurs,
Tous les bourgeois poussifs qu’étranglent les chaleurs
Portent, les jeudis soirs, leurs bêtises jalouses.
- L’orchestre militaire, au milieu du jardin,
Balance ses schakos dans la Valse des fifres :
Autour, aux premiers rangs, parade le gandin ;
Le notaire pend à ses breloques à chiffres.
Des rentiers à lorgnons soulignent tous les couacs :
Les gros bureaux bouffis traînant leurs grosses dames
Auprès desquelles vont, officieux cornacs,
Celles dont les volants ont des airs de réclames ;
Sur les bancs verts, des clubs d’épiciers retraités
Qui tisonnent le sable avec leur canne à pomme,
Fort sérieusement discutent les traités,
Puis prisent en argent, et reprennent : ” En somme !… “
Épatant sur son banc les rondeurs de ses reins,
Un bourgeois à boutons clairs, bedaine flamande,
Savoure son onnaing d’où le tabac par brins
Déborde - vous savez, c’est de la contrebande ; -
Le long des gazons verts ricanent les voyous ;
Et, rendus amoureux par le chant des trombones,
Très naïfs, et fumant des roses, les pioupious
Caressent les bébés pour enjôler les bonnes…
- Moi, je suis, débraillé comme un étudiant,
Sous les marronniers verts les alertes fillettes :
Elles le savent bien ; et tournent en riant,
Vers moi, leurs yeux tout pleins de choses indiscrètes.
Je ne dis pas un mot : je regarde toujours
La chair de leurs cous blancs brodés de mèches folles :
Je suis, sous le corsage et les frêles atours,
Le dos divin après la courbe des épaules.
J’ai bientôt déniché la bottine, le bas…
- Je reconstruis les corps, brûlé de belles fièvres.
Elles me trouvent drôle et se parlent tout bas…
- Et je sens les baisers qui me viennent aux lèvres…
Arthur Rimbaud, Poésies
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22.06.2009
L'été
Il brille, le sauvage Été,
La poitrine pleine de roses.
Il brûle tout, hommes et choses,
Dans sa placide cruauté.
Il met le désir effronté
Sur les jeunes lèvres décloses ;
Il brille, le sauvage Été,
La poitrine pleine de roses.
Roi superbe, il plane irrité
Dans des splendeurs d’apothéoses
Sur les horizons grandioses ;
Fauve dans la blanche clarté,
Il brille, le sauvage Été.
Théodore de Banville (1823-1891)
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