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13/10/2019

Eglises et musées

Ne laissons pas nos églises devenir des musées.

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À Lyon, l'église Saint-Nizier a fait appel à un jeune artiste pour réaliser son chemin de croix. Une oeuvre figurative pour un projet paroissial résolument missionnaire.

Passé le grand portail, c'est évident : Saint-Nizier a pris des couleurs ! Autour de la nef gothique des XVe-XVIe siècles, les simples croix qui ornaient une quinzaine de piliers ont été remplacées par 15 tableaux de 50 × 75 cm illustrant les 14 stations qui mènent le Christ de sa condamnation à sa mise au tombeau (le chemin de croix traditionnel), plus une 15e, instituée par le pape Jean Paul II : la Résurrection. C'est à Bruno Desroche que l'on doit cette réalisation. Chrétien engagé, longtemps paroissien de Saint-Nizier, ce Lyonnais de 40 ans s'est beaucoup cherché en tant qu'artiste peintre depuis 2001. Passé par l'abstrait, il est revenu, comme dans un acte de foi, à la contemplation du réel et à l'art figuratif : « Il n'y a rien de plus beau que la figure humaine », dit-il en souriant.

Des personnages contemporains

Ces deux années de création d'une « oeuvre dédiée à l'évangélisation » ne l'ont pas laissé indemne. « Je voulais peindre des scènes vivantes. Grâce à plusieurs de mes anciens élèves de l'école Émile-Cohl (où j'enseignais le dessin d'antique et la nature morte), à des paroissiens, à mon épouse et à nos trois enfants, j'ai reconstitué les tableaux. » Avec un Jésus portant une croix de 2,50 m et 70 kg. « Les contempler retraçant les souffrances du Christ m'a fait vivre la Passion intensément. J'ai peint ensuite dans une ambiance de prière et de méditation. Devant le chevalet, j'ai pleuré face à Jésus ainsi humilié ; je peignais mon propre péché porté par le Christ. » 

Représenter des personnages avec jeans troués, sweat à capuche et Smartphone, plutôt que des soldats romains, vise à mieux nous interroger.

Bruno Desroche a utilisé la technique du glacis : de la peinture à l'huile appliquée par fines couches translucides avec très peu de pigment, pour apporter de la profondeur et de la lumière. Fidèle à la tradition des maîtres Bruegel et le Caravage, il a représenté les acteurs sous des traits actuels - exceptés le Christ et la Vierge. « Le Christ s'est incarné une seule fois, mais il nous visite chacun aujourd'hui. Représenter des personnages avec jeans troués, sweat à capuche et Smartphone, plutôt que des soldats romains, vise à mieux nous interroger. Que provoque en moi la souffrance d'autrui ? Suis-je moi aussi capable de commettre le mal ? », explique l'artiste, qui apparaît sous les traits d'un bourreau.

Toucher tous les visiteurs

Un jeu d'identification destiné aussi à « rapprocher nos contemporains du corps du Christ ». Dans cette perspective missionnaire, l'accrochage a rompu avec la coutume: au lieu de se trouver dans le chœur, d'où partent habituellement les processions, la première station a été placée à l'entrée de la nef, afin de proposer cette démarche à tous les visiteurs.

Financé par des paroissiens

Le chemin de croix de Bruno Desroche est devenu un véritable projet paroissial. Les 120 donateurs ayant assuré son financement (65 000 EUR via Credofunding, la Fondation diocésaine Saint-Irénée et une poignée de mécènes) sont essentiellement des paroissiens. « Je rêvais depuis longtemps d'une œuvre contemporaine pour Saint-Nizier », se réjouit le père Hugues Jeanson, qui l'a défendue devant la Direction régionale des affaires culturelles (Drac). « Trop souvent, en entrant dans une église, les visiteurs découvrent de "vieilles choses". Créer de belles œuvres avec des artistes d'aujourd'hui est un moyen de ne pas laisser nos églises devenir des musées, et de témoigner d'une Église vivante. »

Source LA VIE

Site officiel de Bruno Desroche

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