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20/09/2010

Interview L. Wilson

hommes-dieux-xavier-beauvois-L-1.jpgLa Croix Votre interprétation de l’Abbé Pierre dans « Hiver 54 » a ponctué votre carrière. Vous enfilez à nouveau l’habit religieux pour un rôle marquant, celui du Prieur de Tibhirine, Christian de Chergé, dans « Des Hommes et des dieux » de Xavier Beauvois. Comment avez-vous abordé cette expérience ?

Lambert Wilson : J’ai d’abord eu peur de me laisser enfermer dans l’image du spécialiste des rôles d’ecclésiastiques. Mais en réalité, les deux expériences sont assez éloignées. « Hiver 54 » était une fresque sur un événement presque plus politique que religieux. Il s’agissait d’incarner un homme en colère contre une injustice sociale. Avec « Des Hommes et des dieux », nous avons vécu, en tant que comédiens, une aventure très profonde qui nous a tous changés.

À quelques mois d’intervalle, j’ai aussi tenu le rôle du comte de Chabannes dans le dernier film de Bertrand Tavernier, « La Princesse de Montpensier » (sortie le 3 novembre). Une expérience encore différente, où j’incarnais un protestant à l’époque des guerres de religions. Ces personnages ont en commun d’avoir la foi comme principal moteur.

Comment avez-vous abordé le personnage du P. de Chergé ?

Il s’est d’abord passé quelque chose de l’ordre du petit miracle, qui fait qu’en tant que comédiens, nous nous sommes glissés dans ces habits-là de façon très évidente. Quelques jours de retraite à l’Abbaye de Tamié nous ont permis de nous imprégner de ces vies qui sont entièrement consacrées à Dieu. Mais le déclic est vraiment venu du chant, ce qui n’est pas étonnant lorsqu’on sait l’importance de cette pratique dans la vie des moines, avec sept offices par jour.

Le chant, comme la danse, sort les acteurs de leur intellectualisme. Dès qu’il y a chant, il y a partage. Il faut descendre de son piédestal, abattre ses cartes. En répétant, nous nous sommes ridiculisés, nous avons ri, nous nous sommes trouvés. Et nous avons été happés par la qualité de ces chants.

Ensuite, chacun est allé à sa manière au plus près de son rôle. Il s’agissait de rendre hommage à des personnes disparues qui sont encore très présentes à la mémoire de leurs proches. Nous nous sommes sentis très investis.

Êtes-vous sensible à l’univers monastique ?

Je me suis toujours senti attiré par cette vie. Je trouve les abbayes et les monastères très beaux, notamment dans une région qui m’est chère, la Bourgogne, avec ce mélange si particulier de minéralité et de spiritualité. Je suis fasciné par les cloîtres, cette présence du ciel au-dessus de ce qu’on peut voir comme une réduction du monde.

Indépendamment de mes réflexions spirituelles, dans ma vie de tous les jours, j’ai facilement recours à la musique des moines ou, d’une manière plus générale, à la musique religieuse pour accomplir certaines tâches. Je sors ainsi du temps contemporain, que je ne supporte plus, et j’entre dans un autre temps.

Le temps s’est tellement accéléré que les hommes restent sur le carreau. Moi aussi. Le rythme que nous nous imposons ne me paraît plus humainement supportable. Hélas, je ne pourrais pas être moine, j’ai trop de choses à faire dans ce monde…

De quoi vous sentez-vous plus riche après ce rôle ?

Cela m’a fait du bien de me débarrasser du détail, de l’ici et du maintenant. J’étais en habit. Je me sentais bien avec ce vide-là.

Depuis la fin du film, je perds tout, comme si, inconsciemment, je ne voulais plus des objets. J’ai touché là un essentiel qui me correspond très bien. Je le répète, je ne suis pas prêt à devenir moine, mais il me plairait de l’être de temps en temps. D’ailleurs, mes amis proches m’appellent parfois frère Lambert et il y a, chez moi, en Bourgogne, quelque chose qui ressemble à la vie monacale.

Tout cela m’a permis de reconnaître l’essentiel, même si je me débats encore avec beaucoup de choses futiles. J’ai vécu une sorte d’éblouissement mystique, dont je suis revenu, mais, après avoir été longtemps ambigu par rapport à cette question, j’assume aujourd’hui beaucoup mieux le fait de croire. En revanche, je suis toujours aussi peu à l’aise avec les dogmes.

N’êtes-vous pas engagé sur une sorte de chemin de dépossession ?

Ce n’est pas très pratique lorsqu’on est comédien, mais beaucoup de choses me paraissent tomber d’elles-mêmes. En rentrant du tournage, je me suis intéressé différemment à ceux qui m’entourent. Je leur ai posé des questions sur leurs croyances. Aujourd’hui, je leur demande davantage comment ils vont plutôt que ce qu’ils font. Ce qui est de l’ordre du compassionnel prend une importance croissante dans ma vie.

Comment fait-on exister la foi à l’écran ?

Xavier Beauvois a eu l’instinct de choisir des acteurs pour qui la question de la foi était une chose donnée, comme Michael Lonsdale. Ou qu’il pensait capables d’avoir assez de candeur pour aller dans cette direction sans posture cynique. Je pense que c’est pour cela que nous avons pu, de manière désinhibée, nous exposer ensemble dans ce bain-là.

 

Recueilli par Arnaud SCHWARTZ pour La Croix



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