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21/05/2010

Des hommes et des dieux

Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois: un film canonisé à Cannes?

Les dernières images du film « Des hommes et des dieux », qui sortira le 8 septembre 2010, nous laissent juste avant que l’horreur ne commence véritablement, fin mai 1996 : une file indienne de sept moines du monastère de Tibhirine, en Algérie, avec leurs geôliers djihadistes, disparaît sous des frondaisons d’arbres, noyés dans la brume, sur les pentes de l’Atlas.

La conclusion  est, hélas, connue. Les têtes des Cisterciens français seront retrouvés quelques jours plus tard au bord d’une route, sans qu’on sache encore très bien (le dossier a été rouvert l’an dernier, à la suite de révélations) s’il s’agit d’assassinats directement commis par les ravisseurs, ou une bavure de l’armée algérienne, camouflée en acte barbare d’islamistes, pour les mettre encore plus au ban du monde.

Auparavant, l’œuvre de Xavier Beauvois a déroulé trois années de la vie du monastère, implanté depuis plusieurs décennies sur les flans d’une  vallée tranquille, dont les habitants ont parfaitement intégré la petite communauté chrétienne. Frère Luc, médecin, soigne les villageois, qui invitent les moines à partager les grands événements de l’année.

film.jpgLorsque la peur s’installe dans cette contrée montagneuse, où se cache  un groupe de djihadistes, les moines et leur prieur, Christian de Chergé, vivent de douloureuses interrogations, restituées dans toutes leurs profondeurs par Xavier Beauvois. Partir, comme l’administration algérienne le leur intime ? C’est abandonner des « frères » musulmans au moment où ils ont sans doute le plus besoin de soutiens. Rester ?  C’est courir le risque de finir égorgé par des islamistes fanatiques, comme la poignée de travailleurs croates, sur un chantier des environs, quelques mois auparavant.

De scène en scène, à mesure que la « sale guerre » contamine tout l’environnement, et que le danger se rapproche des portes du monastère, les avis de chacun des moines,  que le prieur sollicite régulièrement, bougent, évoluent. Jusqu’à la décision collective de rester, et que la bâtisse demeure coûte que coûte un lieu de paix et de prières, un espace sacré, au milieu de la tourmente.

Xavier Beauvois (N’oublie pas que tu vas mourir, Selon Matthieu, Le petit lieutenant) s’est en fait vu proposer de réaliser « Des hommes et des dieux », par un producteur, Etienne Comar, auteur du scénario initial. Guidé par une abondante documentation et par les conseils de Henry Quinson, fondateur de la Fraternité Saint-Paul à Marseille (Pèlerin vous a fait partager la préparation et le tournage du film dans son numéro daté du 13 mai), Xavier Beauvois s’est coulé avec une espèce d’évidence dans le temps si particulier d’un monastère, réglé par des rituels bien précis. Le cinéaste nous fait ressentir la foi profonde de ces hommes.

Il s’attarde sur leurs visages, miroirs de  leurs peines, de leurs doutes, de leurs joies, mais aussi de leur acceptation d’un destin comme annoncé. Pas en martyr, mais en gens de Dieu, conscients que leur vie est d’abord là, sur cette terre étrangère, au milieu de ceux qui leur ont fait confiance.

Lors de la projection de ce matin, réservée à la presse, régnait une indicible qualité d’écoute. De celle que l’on ressent, avec l’habitude, à l’occasion de films qui comptent et laissent des traces. Idem lors de la conférence de presse qui a suivi, avec le cinéaste et deux des acteurs :  Michael Lonsdale et Lambert Wilson. Ils ont affirmé en chœur s’être laissés habiter par les moines de Tibhirine.  « Je me suis senti protégé par Frère Christian, affirme Lambert Wilson, au jeu tout de rigueur et de sobriété. Mon travail a été d’humilité. Je me suis laissé remplir par lui ».

« Je suis croyant, mais je ne supporte ni les dogmes ni les religions, très en-dessous de l’essentiel, poursuit l’acteur, qu’on a vu aussi à Cannes en Huguenot convaincu, dans le film de Bertrand Tavernier, La princesse de Montpensier, sur les guerres de religions, au XVIème siècle. Or, ce film nous montre l’essentiel : l’échange d’amour entre les êtres, quelques soient leur âge et leur religion. Il nous dit que nous sommes sur terre pour vivre en état de compassion ».

« Je souhaite que ce film aide les gens qui le verront. Nous mêmes, acteurs de cette oeuvre, avons vécu, pendant le tournage, cette fusion que connaissaient les moines de Tibhirine. Je n’avais encore jamais ressenti cela dans mon métier. Les chants liturgiques, en commun, y ont grandement participé. Ils ont ce pouvoir d’élévation. Acteurs,  réalisateur … nous sommes maintenant comme des frères ! ».

« Mon film parle d’hommes, au-delà de la religion, complète Xavier Beauvois. Chrétiens, musulmans … il les rapproche, alors que tout, dans la société d’aujourd’hui, est fait pour les diviser. Son tournage a été comme un état de grâce. J’ai hâte de le montrer aux familles des moines assassinés. Au tout début, elles n’ont guère approuvé le projet. Leurs craintes se sont estompées par la suite.  Je pense que le résultat les satisferont ».

En tout cas, le journaliste que je suis en est sorti enthousiaste. Et rêve maintenant que le jury éprouve le même sentiment, et ne craigne pas de le hisser en tête de palmarès. Ce serait un signe très fort, dans une compétition largement traversée par les tumultes du monde.

Philippe  Royer dans le Pèlerin

 

18:03 Publié dans Films | Lien permanent | Commentaires (0)

19/05/2010

Turangalila

Olivier Messiaen: Turangalila symphonie  "Joie du sang des étoiles"

En hommage à Yvonne Loriod, femme d'Olivier Messiaen, décédée le 17 mai.

09:00 Publié dans Musiques | Lien permanent | Commentaires (0)

17/05/2010

Mets ta lampe...

Mets ta lampe sur le boisseau,
Et tant mieux qu'elle s'éteigne!
Car tu auras une vraie joie,
Ta prière sera la torche
Que le Seigneur entretiendra.
Mets ta lampe sur le boisseau,
Et tant mieux s'il la renverse
Et si le feu prend à ton bois;
Tu ne souffriras par le mal
Que t'aurait fait le feu d'en bas.
 
Mets ta lampe sur le boisseau,
Et tant mieux si tes doigts brûlent
À ne plus pouvoir la tenir :
Puisque ton cour sait être à deux,
Le Seigneur la tiendra pour toi.
Mets ta lampe sur le boisseau,
Et tant mieux si tu n'as plus rien
À consumer, même pour lui :
Dieu fournira le feu et le bois.
Alors tu brilleras en lui.

Patrice de La Tour du Pin 

Prière du temps présent, 1980, p.1536

 

16/05/2010

Pays aux vents...

Pays aux vents de haute lisse
Où brodent les fougères
Où d’herbe en arbre
La sève remonte le fil de sa mémoire

Pays
Où le secret est un bouche à oreille
De la part des sources


L’air grisolle

Peut-être déjà la clairière
L’estuaire, le battement des siècles
De tout l’immense


Fragilité bienheureuse
d’aimer
De vivre sous le don
Sans autre ligne d’horizon
Intérieur que l’ordinaire des jours.


Gilles Baudry

Extrait de “La Seconde lumière”, Rougerie, 1990.

21:00 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)

15/05/2010

Ma bohème

grandeourse2.jpg

Ma Bohême. (Fantaisie)

Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal :
J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ;

Oh ! là là ! que d'amours splendides j'ai rêvées !

Mon unique culotte avait un large trou.
Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
−  Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur !

 

Rimbaud

00:03 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (0)

14/05/2010

Voici le mois de may

 

Voici le mois de mai
Où les fleurs volent au vent.
Voici le mois de mai
Où les fleurs volent au vent.
Si jolie mignonne,
Où les fleurs volent au vent
Si mignonnement.

Le gentil fils du roi
S'en va les ramassant
Le gentil fils du roi
S'en va les ramassant
Si jolie mignonne,
S'en va les ramassant
Si mignonnement.

Il en ramasse tant
Qu'il en remplit ses gants.

A sa mie les porta
Les donna en présent.

Prenez, prenez ma mie
Je vous donne ces gants.

Portez-les donc, ma mie
Trois ou quatre fois l'an.

À Pâques, à la Toussaint,
À Noël, à Saint-Jean.