27.06.2009
La foi joyeuse d'un poète
Conversation
Jacques Gauthier: La foi joyeuse du poète
Poète, essayiste, théologien, le québécois Jacques Gauthier nous offre une œuvre spirituelle foisonnante, reflet de son propre itinéraire de «chercheur de Dieu». Rencontre, à Ottawa, avec un mystique marié et père de famille pour qui la foi est un chemin de bonheur.
Dès les premières heures de votre vie, la foi chrétienne était présente…
Je suis né au Québec dans une famille croyante, dont la foi était simple et joyeuse. J'étais très malade et mes chances de survie étaient minces. Ma mère a beaucoup prié pour que je vive et elle a fait le vœu de me consacrer à Marie si je ne mourais pas. J'ai été baptisé un 8 décembre, jour où l'Église fête la Vierge. Les circonstances dramatiques des premiers jours de mon existence ainsi que la foi qui a accompagné cette épreuve se sont sans doute imprimés dans mon inconscient et marque ma vie spirituelle. Je sais que Marie est là, près de moi.
Vous évoquez la foi «joyeuse» de votre enfance…
C'est un élément très important car j'ai hérité de ma famille la conviction forte qu'il n'y a pas de christianisme sans joie et qu'une foi au Christ qui ne serait jamais source de joie est suspecte, voire dangereuse… J'ai eu la chance de grandir dans une famille chrétienne où la foi n'était pas culpabilisante, où le péché n'était pas une obsession morbide et où on ne m'a pas donné de Dieu une image terrifiante. La joie, c'est la couleur de Dieu. Dès l'enfance, j'ai été touché par la dimension pascale de la foi chrétienne. Ce n'est pas en un Dieu de douleur qu'il nous faut croire mais en un Dieu ressuscité, totalement vivant. Lorsque j'avais 7 ou 8 ans, j'allais à la messe comme on se rend à une fête. Nous étions avant le concile: les célébrations se faisaient en latin et en grandes pompes. Il y avait des processions et de l'encens, de belles chasubles et des rites mystérieux. J'étais fasciné par la poésie qui se dégageait de la messe. Sur le chemin du retour, je chantais sous la neige, des hymnes au Seigneur… J'ai eu cette grâce inouïe d'être pris, dès la plus tendre enfance, par l'amour de Dieu.
Au point de vouloir lui consacrer votre vie?
Je rêvais de devenir missionnaire, je voulais parler de Jésus. Je ne songeais pas nécessairement à devenir prêtre mais j'étais envahi par la joie de l'Évangile, la joie de la Résurrection. Car, que le Christ soit ressuscité, c'est la plus belle chose qui pouvait arriver à l'humanité. Je vivais avec cette certitude qui me donnait une densité d'être et nourrissait mon enthousiasme. Et puis l'adolescence est venue briser pas mal de certitudes !
Vous avez rejeté le Dieu de votre enfance?
J'ai cessé toute pratique religieuse. Je cherchais ma voie, un sens à ma vie. J'ai vécu un certain nombre de dérives. C'était l'époque hippie. La jeunesse vivait à l'heure des grands rassemblements de Woodstock. Nous nous saoulions de musiques planantes et nous faisions nos premières expériences de drogue. J'avais, comme tout le monde, les cheveux longs, beaucoup de révolte au fond du cœur et une sorte de dégoût de la vie. J'étais sur une pente vraiment dangereuse.
Comment en êtes-vous sorti?
J'ai vécu une véritable résurrection. J'avais vu à la télévision un reportage sur les «Jesus peoples» aux États-Unis, une communauté de jeunes qui mélangeait culture rock, hippie et chrétienne… . J'étais parti en stop, avec un copain, avec l'idée d'aller rencontrer cette communauté. C'était l'époque où le spectacle «Jésus Christ super star» faisait un malheur auprès des jeunes. J'aimais beaucoup le rock, j'écoutais les Pinks Floyds, The Who, Led Zeeplin. Il y avait dans cette musique et dans le mouvement hippie comme une quête d'absolu. Nous n'en avions pas conscience, mais notre soif était mystique. Un soir, sur la route des Etats-Unis, nous avons fait escale, au Québec, dans l'une de ces nombreuses communautés de jeunes qui essayait de vivre un idéal. Nous venions uniquement pour trouver un toit pour la nuit. Les murs étaient couverts de poster baba cool, mi-religieux mi-hippies. L'ambiance était très affective et émotive, tout le contraire de ce qu'on trouvait alors dans les églises. Nous avons accepté de participer à la prière du soir. Nous étions goguenards, envahis de fous rires. Au premier «Je vous salue Marie», je me marrais franchement avec mon copain. Au second, je me suis mis à prier. Au troisième, je me suis écroulé, en sanglots. J'étais complètement touché. Et c'est à cet instant précis que la joie est revenue, la joie de la foi de mon enfance. Nous étions le 2 juin 1972: ce fut le jour de ma conversion.
Quelle fut alors votre décision?
Le lendemain matin, j'ai regardé mon copain et je lui ai demandé: «Allons-nous reprendre la route?» Et lui m'a répondu: «je crois que nous avons trouvé l'amour. Pourquoi irions-nous plus loin?» Nous sommes donc restés dans cette communauté. J'ai abandonné mes rêves de voyages, j'ai renoncé à mes études, j'ai cessé de voir ma famille. Pendant six mois, j'ai vécu un bonheur exalté dans cette communauté qui, sans être franchement charismatique, était tout de même de la même veine, marquée par une foi très affective, libérée des dogmes et de la morale, sans doute très adolescente et fusionnelle, mais joyeuse et simple. Ce groupe a fini par éclater mais, moi, je voulais continuer une expérience spirituelle, je voulais consacrer ma vie au Seigneur. Dans ma prière, le jour de ma conversion, j'avais dit à Dieu: «si tu existes, révèle-toi à moi!» et Dieu m'avait répondu. J'avais 20 ans et je ne voulais plus qu'une chose: le suivre.
Par quel chemin concret?
J'avais entendu parler de Jean Vanier, un québécois qui avait créé en France l'Arche, une communauté où vivaient ensemble des personnes ayant un handicap et des hommes et des femmes qui faisaient le choix de partager leur vie. J'ai voulu le rencontrer. En pleine tempête de neige, je suis allé, en stop, jusqu'à Québec où il devait donner une conférence. Je l'ai attendu dans le hall d'entrée et lorsqu'il est arrivé, je ne lui ai posé qu'une question: «est-ce que c'est la volonté de Dieu que je vienne à l'Arche ?». Après la soirée, il m'a proposé de l'accompagner en voiture. Nous avons longuement parlé et j'ai rencontré un vrai maître spirituel. Trois mois après, je m'envolais pour la France et je rejoignais à Trosly, la communauté de l'Arche où vivait le Père Thomas Philippe, un dominicain qui a beaucoup compté pour Jean Vanier. Accompagné par ces deux êtres exceptionnels et prophétiques, j'ai plongé dans cette aventure d'une vie totalement partagée avec des personnes ayant un handicap mental.
Quel fut le fruit de cette expérience…?
J'ai eu à me dépouiller de toute une part de moi-même. J'ai pris conscience combien, jusqu'à présent, j'avais vécu dans le rêve, loin de la réalité. Combien j'étais centré sur moi, sur mon ego. Combien peu je me préoccupais des autres. L'Arche a été pour moi un véritable chemin à la fois humain et spirituel.
Mais vous n'y êtes pas resté…
J'avais découvert, dans le joyeux bricolage de ma communauté québécoise, la source féconde de la prière et je ne trouvais pas tout à fait mon compte en ce domaine à l'Arche. Un jour, Jean Vanier qui avait pris conscience de ma soif de contemplation, m'a dit: «Pourquoi ne vas-tu pas passer une quinzaine de jours à l'abbaye de Bellefontaine, près de Cholet?» Je suis parti sans savoir que j'allais découvrir l'immense richesse de la vie monastique. Le Père Abbé m'a invité à m'asseoir, pendant l'office, parmi les moines. C'est là que j'ai découvert pour la première fois les hymnes du poète français, Patrice de la Tour du Pin. J'ai été simultanément subjugué par la vie monastique et par la poésie dont je découvrais qu'elle pouvait être une porte menant à Dieu.
Avez-vous décidé de devenir moine?
Oui, sans hésitation. L'abbaye de Bellefontaine avait fondé un monastère au Québec, à Oka, près de Montréal. Je suis donc retourné dans mon pays natal pour entrer à la Trappe et y vivre dans l'exaltation de celui qui, enfin, a trouvé sa voie. J'ai vécu 4 ans à Oka, comme novice puis comme profés temporaire. J'ai découvert l'extrême richesse de la prière liturgique et de la vie communautaire. Mais, peu à peu, un doute s'est introduit dans mon esprit. Était-ce bien là que le Seigneur me voulait? N'étais-je pas en train de perdre un peu de ma joie de vivre? J'avais commencé à écrire quelques poèmes. Je pressentais vaguement que l'écriture pourrait aussi être une voie pour moi. Après un temps de discernement, j'ai finalement décidé de quitter la vie monastique. Ce fut pour moi comme un deuil très douloureux. Je suis sorti d'Oka la veille de Noël et je suis allé passer la veillée dans ma famille. Je venais d'avoir 26 ans et il me fallait, une fois encore, chercher ma voie dans l'existence. Au monastère, j'avais découvert la théologie et je me suis dit que je pourrais me former en ce domaine et peut être même devenir professeur. Je me suis inscrit à l'université de Trois-Rivières où j'ai rencontré celle qui allait devenir ma femme.
Vous avez choisi la voie du mariage.
Ma future femme vivait dans une communauté nouvelle. Elle avait, elle aussi, un parcours de foi très fort et une grande expérience de prière. Nous nous sommes progressivement reconnus jusqu'au jour où nous avons su que Dieu nous donnait l'un à l'autre et nous proposait de continuer notre aventure spirituelle désormais ensemble. Le mariage m'est apparu comme une véritable vocation chrétienne et je sais, aujourd'hui, 21 ans après, qu'il est la plus grande grâce que j'ai reçue depuis mon baptême! Nous avons quatre enfants. Nous partageons notre prière, nos engagements chrétiens, notamment dans la préparation au mariage. Nous découvrons chaque jour combien nous nous portons l'un l'autre dans la foi…
Votre «métier» de poète, quand est-il venu? Quand êtes-vous véritablement «né» à l'écriture?
Enfant, j'éprouvais déjà le besoin de dire la joie qui m'habitait mais je n'avais jamais songé qu'un jour, je pourrais écrire des textes qui seraient publiés et édités. Le déclic s'est fait à la Trappe d'Oka où on m'a demandé d'écrire des textes pour la liturgie. Peu à peu, ces textes ont été repérés à l'extérieur, on m'a demandé des copies. J'ai senti que ce que j'écrivais avait un certain écho chez d'autres. Je cherchais des mots pour dire la joie de ma foi de façon originale, neuve. Une fois marié, ce désir d'écriture s'est approfondi. J'avais à rédiger mon mémoire de maîtrise en théologie et je cherchais un sujet. Je suis tombé par hasard, à la bibliothèque de l'université, sur les actes d'un colloque consacré à la Sorbonne à Patrice de La Tour du Pin. J'ai eu un choc. En lisant ses textes, j'avais comme le sentiment de me découvrir moi-même. Voilà un homme qui, comme moi, était marié, très habité par la foi chrétienne et qui avait trouvé sa voie dans l'écriture. L'Eglise lui avait demandé de rédiger des hymnes pour la liturgie, ceux- là mêmes que j'avais tant aimés à la trappe d'Oka. Je me suis immédiatement senti de la même famille spirituelle que Patrice de La Tour du Pin pour qui, comme pour moi-même, la joie de croire était centrale. Le grand message de ce poète est que nous avons toutes et tous à devenir eucharistie, que la finalité de l'existence, c'est le don eucharistique. J'ai donc passé plusieurs années à étudier son œuvre. Puis, grâce à son épouse avec qui j'ai sympathisé et qui m'a donné accès à sa correspondance, j'ai publié plusieurs livres sur Patrice de La Tour du Pin. Depuis, j'essaie de creuser les liens entre théologie et poésie, ce que j'appelle la «théopoésie». Je suis persuadé que la théologie gagne beaucoup à la fréquentation de la poésie et inversement. Dieu ne peut pas se dire totalement dans un langage discursif et rationnel. La poésie lui offre une langue qui lui permet de nous révéler une part de son mystère. La vocation de la poésie, c'est d'essayer de rendre visible l'invisible, c'est se battre avec les mots pour que les mots puissent crier l'indicible. Un combat certes perdu d'avance car Dieu nous échappe heureusement toujours, mais une quête qui nourrit ma propre foi.
Comment définiriez-vous la poésie?
Je dirais que c'est un immense silence sonore. En poésie, ce qui est vraiment important se murmure dans le silence qui habite l'entre-deux mots. La poésie, c'est la brise légère du prophète Elie où Dieu se dit tout en se taisant et en se masquant.
La poésie est pour vous chemin de prière?
Je prie un crayon à la main! La poésie, c'est une manière d'être disponible aux choses et aux êtres. La poésie est pour moi prière car la tâche du poète consiste à cultiver l'attention amoureuse aux êtres qui l'entourent, à commencer par le plus grand d'entre eux, l'Eternel. La poésie est cette quête, ce dépassement de nous-mêmes que nous avons toujours à faire pour achever notre propre création. Nous avons à devenir qui nous sommes vraiment. Pour cela, il nous faut entrer dans l'aventure intérieure. Dans cette démarche spirituelle, la poésie peut être un chemin car elle nous ouvre un espace intérieur où le silence vient nous dire une parole indicible.
Nous avons à laisser Dieu parler en nous…
Nous avons à le laisser émerger en nous. Plus nous nous éveillons à nous-mêmes, plus nous nous éveillerons à Dieu qui habite en nous. J'aime beaucoup Marcel Légaut, un autre grand maître spirituel, lorsqu'il nous explique qu'en allant à la recherche de son humanité, l'homme va progressivement à la rencontre de Dieu. Nous avons à marcher sur le chemin de notre humanité et moi, je marche avec des mots…
Votre itinéraire personnel est riche. Plutôt joyeux. Pourtant, à 40 ans, tout semble soudain s'écrouler. Racontez-moi…
Oh, j'ai vécu comme beaucoup la crise de la quarantaine! C'est comme un navigateur qui prend soudain conscience qu'il est au beau milieu de la mer. Il ne voit plus la côte d'où il vient et ne voit pas encore les rivages vers lesquels il vogue. Il est littéralement déboussolé… Pour moi, l'écriture est devenue plus difficile. Dans ma vie quotidienne, je ne me reconnaissais plus, j'étais devenu ombrageux, triste. Ma vie conjugale s'en ressentait. Côté spirituel, je ne ressentais plus rien, j'étais comme écœuré de Dieu… J'éprouvais une grande lassitude, une sorte de dépression, le spleen de Baudelaire…
Ce passage à vide a duré longtemps?
Près de 5 ans! J'étais souvent au bord des larmes. Mon travail ne m'épanouissait plus, j'étais plongé dans une véritable crise d'identité. Je me suis beaucoup raccroché à la musique. J'écoutais Bach des soirées entières.
Et votre foi?
Elle était toujours là, mais elle suivait le rythme de mon existence. Puisque j'étais en crise, ma foi aussi était en crise. Une crise dont j'ai découvert peu à peu qu'elle était une crise de croissance. J'étais insatisfait comme un homme au milieu de sa vie qui découvre qu'il ne pourra plus tout faire, qu'un certain nombre de grands choix sont déjà posés. Il m'a fallu accepter cette insatisfaction, apprendre à vivre avec, aller même jusqu'à revendiquer le droit de vivre insatisfait. Car l'important, c'est d'habiter avec soi-même. Ma foi avait sans doute aussi besoin de ce temps de désert, elle avait à se purifier, à se libérer de fausses images de Dieu.
S'il vous fallait résumer ce qui caractérise cette crise de la quarantaine…
Je dirais que c'est l'adolescent qui s'en va pour de bon de notre être. À 40 ans, il faut faire son deuil de sa jeunesse et accepter d'aborder les rives de la maturité. Il faut faire un travail de deuil, se dire qu'on n'aura pas le temps d'aller au bout de tous ses rêves. Il faut passer progressivement de la désillusion à l'espérance. La crise de la quarantaine peut être une formidable occasion de renaissance si nous acceptons la rencontre, souvent douloureuse, avec nous-mêmes, notre vérité faite nécessairement, d'ombre et de lumière. Personnellement, c'est la vision du Christ en croix qui m'a beaucoup aidé. «Mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné». Je me sentais crucifié. À 44 ans, j'ai eu une pneumonie terrible. Je me voyais mourir. Je ne pouvais pas m'empêcher de songer que, peut-être, la foi en Dieu était une illusion, une invention de l'homme. J'étais révolté par ma souffrance, par la souffrance des autres. J'étais, par moment, au bord du gouffre de l'incroyance. Ma prière se résumait à une sorte de pauvre appel au secours: je n'étais capable que de répéter incessamment le nom de Jésus.
Comment, dans cette nuit de la foi, la lumière est-elle revenue?
Après une nuit terrible à l'hôpital, je me suis réveillé encore en vie! J'avais beaucoup pensé à Thérèse de Lisieux qui a connu l'épreuve terrible de la nuit de la foi. Je me suis raccroché à son expérience et à cette phrase d'elle: «Je ne meurs pas, j'entre dans la vie…» Et puis, j'ai accepté d'accueillir la mort, ma propre mort. Je me suis dessaisi de moi-même. Et, en accueillant ma mort, j'ai accueilli la vie. Les médecins ont réussi à me soigner et mon regard sur l'existence a complètement changé. Je n'ai plus le même regard sur ma carrière, sur mon avenir. J'accueille l'instant présent, j'accepte d'être qui je suis et de ne pas être qui je ne serai jamais. La crise de la quarantaine m'a appris à m'accepter et à découvrir que Dieu m'aime, nous aime, tel que je suis, tels que nous sommes. Je crois que nous avons à apprendre à nous accueillir nous-mêmes comme un don, comme un mystère.
Apprendre à s'aimer soi-même?
Oui, en sachant que, qui que nous soyons, nous sommes toutes et tous appelés à l'éternité. Apprendre à s'aimer soi-même, c'est aussi apprendre à aimer Dieu en nous, lui qui nous a créé à son image et à sa ressemblance. Accueillir ses limites, c'est ne plus se battre avec. Thérèse nous invite à "supporter avec douceur nos imperfections". Notre grandeur, nous la trouverons dans la reconnaissance de notre petitesse, de notre finitude. Dieu s'enfante en nous dans la mesure où nous acceptons d'être petit à ses yeux. C'est à cette sainteté-là qu'il nous appelle…
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06.02.2009
L'intégrisme: la maladie des religions
Lu dans le dernier numéro de La Vie à propos de la réhabilitation des évêques intégristes dont l'un d'eux est négationiste:

Olivier Py, directeur du théâtre de l'Odéon à Paris, revient avec force sur les raisons qui l'ont motivé à soutenir l'appel de La Vie
« Je soutiens cette pétition car je suis scandalisé. Humilié, car j’ai toujours envie de défendre le pape, et Benoît XVI, et je ne sais quel argument trouver. C’est la première fois dans ma vie de chrétien que je suis en désaccord total avec l’Église. L’intégrisme est la maladie des religions. Et, dans toutes les religions, on le combat. Nous, nous devrions en être protégés par le pouvoir central du Vatican. Or, là, c’est le Vatican lui-même qui ouvre la porte. C’est un signe catastrophique envoyé au monde. Si nous acceptons la dérive sectaire chez nous, comment allons-nous la combattre dans les autres religions ? Les intégristes ont choisi de s’exclure, laissons-les à leur choix. Mais je pense à ceux qui songent à devenir chrétiens. Combien vont hésiter à passer le seuil d’une Église qui refuse les divorcés, qui rejette ceux qui vivent avec une personne du même sexe, mais accepte les négationnistes. C’est une question morale. Non pas théologique. Les accueillir sous prétexte de faire l’unité de l’Église, c’est à coup sûr faire exploser l’unité. Explosion que j’espère. Il faut dire haut et fort que le discours des intégristes et le nôtre, ce n’est pas la même chose. Je suis né en 1965. Je n’ai connu que l’Église de Vatican II. Et cette Église est ce qu’elle est parce qu’il y a eu Vatican II. Le tournant fondamental, ce n’est pas la liturgie. Peu importe la messe en latin. Le tournant, c’est la place des fidèles qui devient centrale. C’est la remise en cause d’une hiérarchie qui ne va pas avec le message du Christ. Après le Concile, le fidèle est au centre de l’Église et je suis profondément attaché à cette idée d’un Vatican II à réaliser, qui n’est pas fini. Être catholique, c’est croire à l’universel. Être en accord avec le message du Christ, c’est être ouvert à l’autre. Le Christ remplace l’endoctrinement par l’amour, son message est résolument séparé des enjeux politiciens du temps. Les intégrismes, toujours et partout, sont à l’opposé de la tolérance : ce sont
des mouvements racistes, réactionnaires et nationalistes déguisés. »
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22.01.2009
J'ai fait un rêve
...
J'ai rêvé qu'un jour, tous les vallons seront relevés, toutes les collines seront aplanies, tous les rochers seront arasés, tous les défauts seront corrigés, et que la gloire du Seigneur sera révélée à tous les hommes.
C'est notre espoir. Avec cette foi, nous arracherons à la montagne du désespoir le joyau de l'espérance. Avec cette foi, nous saurons transformer la cacophonie de la discorde en une splendide symphonie de fraternité. Avec cette foi, nous saurons travailler et prier ensemble, nous battre et aller en prison ensemble, nous dresser ensemble pour la liberté, sachant que nous serons libres un jour.
Ce jour arrivera quand tous les enfants de Dieu seront capables de chanter avec un esprit renouvelé : "Mon pays, douce terre de liberté, je chante pour toi. Pays où mes parents sont morts, pays de la fierté des pélerins, de chaque versant des montagnes, fais sonner la liberté."
Faites sonner la liberté ! Et quand nous aurons fait sonner la liberté dans chaque village et dans chaque hameau, dans chaque état et dans chaque ville, nous pourrons hâter la venue du jour où tous les enfants de Dieu, les noirs et les blancs, les juifs et les chrétiens, les protestants et les catholiques, pourront se donner la main et chanter les paroles de ce vieux chant noir : " libres enfin, libres enfin, merci Dieu Tout-Puissant, nous sommes libres enfin ".
Martin Luther King
Extraits, Washington, 28 août 1963.
Voir aussi ICI.
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26.08.2008
Aimer ce que nous sommes
Interview du chanteur Christophe à l'occasion de son nouveau et magnifique CD
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22.07.2008
Intérieur et solitude
Gilles Baudry : Je rapprocherai volontiers le mot « intérieur » du mot « solitude ». Qu’on écrive ou qu’on lise, on fait acte de solitude, de remembrement de soi. Le poète, l’écrivain écrit à sa table, il marche dans un bois, il revient chez lui. Il habite avec lui-même. On est véritablement seul quand on peut rejoindre la solitude des autres. Pour ma part, j’écris toujours sur un fond de silence après avoir recueilli la voix des autres, un paysage, un visage. Je prendrai volontiers l’image de la chambre noire du photographe, où le négatif doit se développer. Après l’éclaircie, le jaillissement, le flash, il faut procéder à un développement à l’écart de la lumière.
On peut prendre aussi l’image du coup d’archet. Le premier coup d’archet est bon généralement, après, l’interprète doit faire un effort pour faire advenir la mélodie à elle-même, il doit se battre pour ne pas la laisser s’échapper. Il faut porter longtemps en soi ce chant intérieur, le secret de notre vie, pour pouvoir, l’extraire de soi et le mettre sur le papier. Ce qui suppose beaucoup de patience, de doute, d’incertitude, de lenteur aussi. Il y a un tempo de l’écriture et de la lecture, une mesure, un accord comme suspendu.
Extrait de: Entretien entre trois poètes croyants, l'Abîme entre les mots.
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11.06.2008
Rare
Gérard Manset aux enfants du rock en 1983.
Extraits des chansons: Le train du soir, Y'a une route, Les Loups, Il voyage en solitaire.
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11.04.2008
Droit de mort, droit de vie
« Vous serez mes témoins… »
Dans les récits d’apparition que nous lisons en ces temps de Pâques, le Christ charge ses disciples d’être témoins de sa résurrection, témoins par la parole, et témoins aussi par le geste et l’engagement au service de la vie. Comme il en fut pour les disciples autrefois, la résurrection du Christ nous travaille aujourd’hui, elle suscite notre engagement dans l’espérance.
En ces jours de fêtes pascales, le débat sur l’euthanasie a retrouvé une place de premier plan de l’actualité, avec la mort de Chantal Sébire. Certains veulent « rouvrir le débat » selon l’expression de son avocat. L’expression est-elle juste ? Le débat a-t-il jamais été clos ? En fait il s’agit plutôt, pour les partisans de l’euthanasie d’aller plus loin dans la législation et de dépasser la loi relative aux droits des malades et à la fin de vie d’avril 2005.
On sait que cette loi votée presque à l’unanimité des membres du parlement représente un point d’équilibre et aussi que cet équilibre est fragile. Il faut rendre hommage à nos parlementaires d’avoir su mener à cette occasion un débat de haute tenue en un domaine où la médecine avec ses avancées, l’éthique en tant que recherche d’une vie bonne et juste, et le droit en tant que norme générale posée dans un contexte donné, se conjuguent de manière très complexe.
On reste stupéfait de voir que dans le prétendu « débat » rouvert, on n’a guère entendu qu’un son de voix. Une fois de plus, la complexité des choses, quant il s’agit de la souffrance humaine, a cédé la place à la simplification et à la mise en scène qui semble être la condition inévitable de l’information actuelle.
Dans le débat médiatique, la parole n’a guère été donnée à ceux qui luttent contre la souffrance, ceux qui accompagnent les personnes en fin de vie avec d’autres approches et d’autres convictions philosophiques et éthiques. Leurs pratiques témoignent pourtant aussi d’une grande humanité et de pas moins de compassion.
Quant aux opinions religieuses elles ont été (on a envie de dire « évidemment ») souvent disqualifiées d’emblée comme étant particulières, irrationnelles donc sans pertinence véritable. Il n’en reste pas moins que les traditions religieuses et la foi chrétienne, plus précisément, sont une authentique source pour éclairer et discerner les voies de l’humain, une source pour des pratiques qui respectent et grandissent cet humain en chaque homme et femme.
08:00 Publié dans Actualités, Réflexions spirituelles, Témoignage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
21.03.2008
Vendredi Saint

La Parole en silence se consume pour nous.
L'espoir du monde a parcouru sa route.
Voici l'heure où la vie retourne à la source:
dernier labeur de la chair mise en croix.
Serviteur inutile, les yeux clos désormais,
le Fils de l'homme a terminé son oeuvre.
La lumière apparue rejoint l'invisible,
la nuit s'étend sur le corps: Jésus meurt.
Maintenant tout repose dans l'unique oblation.
Les mains du Père ont accueilli le souffle.
Le visage incliné s'apaise aux ténèbres,
le coup de lance a scellé la passion.
Le rideau se déchire dans le Temple désert.
La mort du Juste a consommé la faute,
et l'Amour a gagné l'immense défaite:
demain, le Jour surgira du tombeau.
cfc - cnpl
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03.01.2008
Leçon d'espérance
Ci-dessous, un billet de Marianne Seckel dans Le Protestant de l'Ouest de Janvier 2008 à propos de la lettre d'Ingrid Betancourt.
Une lettre nous est arrivée !
Une lettre adressée non pas d’abord à chacun de nous, mais la lettre d’une fille à sa mère.
Une lettre écrite du fond de l’abîme d’une terrible détention s’étirant depuis plus de cinq ans.
Une lettre qui vient comme du néant, de l’ »envie de rien » qui laisse au moins « libre de désirs ».
La première émotion passée, je suis saisie par la densité de ce qui est dit là, par ce qui subsiste en effet de désir et de vie. Je suis saisie par la force qui permet à celle qui écrit de maintenir, par la pensée, une relation avec ceux qu’elle aime, chacun considéré pour lui-même : sa mère à qui elle s’adresse en premier, son père dont elle évoque le souvenir, chacun de ses enfants dont elle suit et encourage les parcours singuliers, sa sœur, ses neveux, les hommes qui ont partagé sa vie.
Vous l’avez compris, comme vous, j’ai reçu la lettre d’Ingrid Betancourt, cette lettre que sa famille a choisi de nous offrir, à vous, à moi. Certes, c’est une invitation à nous mobiliser encore pour la libération d’Ingrid Betancourt et tant d’autres qui subissent de tels supplices. Mais à côté et en plus de cet appel à la libération dans le respect des « Droits de l’Homme », j’entends et je reçois un poignant et essentiel message de vie, une parole qui a franchi forêts, océans et combien d’autres terribles obstacles pour nous rejoindre.
Dans un environnement social trop souvent enclin à se fier à la toute-puissance de moyens et capacités humaines, je lis qu’en la désolation de cette jungle colombienne, en ce lieu-frontière entre vie et mort, sur le fil ténu de l’espérance, Dieu est nommé, en amont comme Celui qu’il convient de remercier pour les enfants donnés, famille dont la pensée rythme la monotonie d’une détention à l’échéance inconnue. Dieu au présent, sollicité comme aide et comme guide. Fieu, pour l’avenir inconnu. Un Dieu mêlé à notre Histoire aujourd’hui comme au temps dont témoignent les écrits de la Bible dont Ingrid Betancourt écrit qu’en son maigre paquetage elle est son « unique luxe ».
Reconnaissants pour ce message d’espérance qui nous vient des confins de la mort, ne sommes-nous pas conviés, quelles que soient nos situations, à « déborder d’espérance », à en témoigner en actes et en paroles ?
20:00 Publié dans Actualités, Cris, Témoignage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
25.12.2007
J'ai fait le rêve...
Martin Luther King I have a dream (sous-titres français)
en écho au texte d'Isaïe de la nuit de Noël.
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