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09/12/2008

L'apprenti

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Mathieu Bulle, champs... et contrechamp

par Johanna Luyssen

 

Mathieu Bulle incarne son propre personnage de paysan stagiaire dans le film l’Apprenti, un premier et brillant long métrage, à mi-chemin entre Être et avoir, de Nicolas Philibert, et la Vie moderne, de Raymond Depardon.

 

À 18 ans, Mathieu Bulle n’en revient pas. Ce n’est pas de se voir à l’écran dans le film l’Apprenti, où il interprète pendant une année entière sa propre vie, qui le trouble à ce point. Ni de voir son intimité subitement dévoilée à des spectateurs inconnus. Encore moins d’avoir été suivi par une énorme caméra pendant un an. Non, le grand choc, ce fut d’entendre à nouveau sa voix. Elle a mué ! Et aujourd’hui cette voix d’enfant, celle de ses 15 ans, qui hésite tant entre les graves et les aigus, il la reconnaît à peine.

Avec ses joues roses, le garçon a gardé quelque chose de l’enfance : il est vrai qu’il passe tout son temps « à l’air libre ». Trois ans après le tournage, le jeune homme nous reçoit, très sûr de lui, près d’une petite salle de projection de Besançon, où l’on projette l’Apprenti à une classe de lycéens. L’œil amusé, avec cet accent qui avale les syllabes, il répond gentiment à toutes les questions. « Tu as toujours voulu être paysan ? – Oui, toujours. – Tu as dit oui tout de suite quand on t’a proposé de faire le film ? – Ah oui, je n’ai pas hésité. » Mathieu se décrit comme « fonceur » et « déterminé ». Il semble avoir toujours voulu devenir agriculteur. Jusqu’à la quatrième, il se sent mal à l’aise dans la filière générale. Et les notes ne suivent pas vraiment. À 14 ans, il demande donc à sa mère de l’inscrire en Maison familiale et rurale (MFR), structure qui permet d’étudier en alternance – cours et stages pra­tiques – et de passer un BEP agricole. Les MFR, sorte d’internats agricoles, sont assez répandues en Franche-Comté. Mais ses parents, ouvriers, ne sont pas très enthousiastes à l’idée d’avoir un fils paysan. Ils ont connu cette vie trente ans plus tôt. Pour eux, c’est un métier un peu ingrat. Et, de toute manière, l’avenir est dans le tertiaire. « Pourquoi tu ne fais pas une classe normale ? Avec ça, tu auras un bon métier… Je ne dis pas que tu seras président de la République, mais quand même », lui suggère sa mère dans le film. Et Mathieu de répondre tran­quillement : « Non. Moi, je veux faire un métier qui me plaît. Je veux être content de me lever pour aller travailler. »


Sa détermination a plu au réalisateur du film, Samuel Collardey, qui l’a choisi pour être le héros de l’Apprenti. « Mathieu est assez étonnant. Je connais beaucoup d’adolescents qui veulent être chanteurs, acteurs. Mais des jeunes qui savent, à 15 ans, qu’ils veulent être paysans, beaucoup moins. » On suit donc le jeune aspirant chez Paul Ribier, agriculteur bio dans le Haut-Doubs, personnage attachant et excellent pédagogue, qui l’héberge et l’initie à tous les secrets du métier : égorger le cochon, rentrer le foin, traire les vaches... Au-delà de leurs silences, une vraie relation d’homme à homme se noue entre ces deux-là. Et elle dépasse largement le clivage maître/élève. Sous l’œil de Paul, Mathieu apprend peu à peu à devenir un homme. Car l’Apprenti est aussi le touchant portrait d’un adolescent, voire un « ado-naissant » : Mathieu « chatte » avec sa copine sur Internet, prend sa première cuite, fait le malin avec ses copains à la piscine, traîne les pieds à l’écurie... « Lorsqu’on a commencé le tournage, raconte Samuel Collardey,

c’était un enfant, doux comme un agneau avec les animaux ; il dormait même avec sa chèvre quand elle était malade. Maintenant, c’est un vrai ado. Il a quitté le nid. »

Aujourd’hui, l’ado a presque fini sa croissance, passe en BTS l’an prochain, rêve de grands espaces au Canada ou en Australie, ne vit que pour la terre, ne lit presque rien, si ce n’est la revue Matériel agricole, et compte bientôt aller voir la Vie moderne, le dernier film de Raymond Depardon sur la paysannerie, regarde peu la télévision et n’écoute jamais la radio. Enfin, si, NRJ, un peu… « Sur mon tracteur » 

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02/10/2008

Entre les murs

Précipitez-vous pour aller voir au cinéma: "Entre les murs", la palme d'or 2008 du festival de Cannes. ICI: une analyse parue dans La Croix à la sortie du film.

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Voir aussi ICI

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16/09/2008

La légende du saint buveur

LA%20LEGENDE%20DU%20SAINT%20BUVEUR.jpgDimanche soir, j'ai regardé une troisième fois ce magnifique film d'Olmi de 1988: "La légende du saint buveur". Peu de paroles, beaucoup de musique et de silence dans ce conte initiatique dont voici brièvement l'histoire:

Un vieux monsieur élégant et mystérieux choisit parmi plusieurs clochards qui peuplent les quais de la Seine Andreas Kartak, ancien mineur de Silesie, ayant fait de la prison pour meurtre. Il remet à son protégé un prêt de 200 francs qu'Andreas doit rapporter le dimanche matin après la messe, à l'église Sainte-Marie des Batignolles ou se trouve la statue de sainte Thérèse de Lisieux. Ce prêt inespéré va precipiter la vie d'Andreas qui va rencontrer une série de personnages clés, personnages qui le détermineront a rapporter le billet a la sainte.

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27/07/2008

Cinéma

YS.jpgLE CAIRE (AFP) — Le plus célèbre des cinéastes égyptiens, Youssef Chahine, est décédé dimanche à l'aube à l'âge de 82 ans, après avoir passé six semaines dans le coma à la suite d'une hémorragie cérébrale.

"Youssef Chahine est décédé à 03H30 ce matin à l'hôpital militaire de Maadi", dans la banlieue du Caire, a déclaré son ancien disciple, le réalisateur Khaled Youssef.

Ses funérailles auront lieu lundi à 13H00 (10H00 GMT) en la cathédrale grecque-catholique du Caire. Puis le cinéaste sera enterré dans le caveau familial à Alexandrie, la grande ville du nord où il est né, a précisé l'agence officielle Mena.

"Au revoir Chahine", saluait dimanche la télévision publique dans un bandeau, après avoir annoncé la mort du dernier monstre sacré des cinéastes égyptiens.

La chaîne a rendu hommage au "remarquable" cinéaste, diffusant de brefs extraits de ses films et des images d'archives de Youssef Chahine, notamment au festival de Cannes.

Youssef Chahine avait été hospitalisé en France pendant un mois à la suite d'une hémorragie cérébrale survenue en Egypte, qui l'avait plongé dans le coma à la mi-juin.

Même si ses relations avec le régime étaient, du propre aveu du cinéaste, "très mauvaises", le président Hosni Moubarak avait fait annoncer que l'Etat égyptien prendrait à sa charge ses frais d'hospitalisation en France.

Ceux qui ont tourné sous sa direction, ou à ses côtés, car sa vocation première était d'être acteur, le décrivent comme une "personnalité mythique du cinéma arabe", a dit l'actrice égyptienne Yosra.

"C'était l'un des cinéastes les plus importants du monde, et pas seulement du monde arabe", a affirmé un autre acteur égyptien, Nour el-Chérif.

Chahine était une véritable "école du cinéma égyptien", a pour sa part estimé le critique de cinéma Kamal Ramzi. "Tous ceux qui ont travaillé avec lui ont beaucoup appris de son style".

La presse égyptienne, gouvernementale comme d'opposition, avait donné en "Une" la nouvelle de l'attaque cérébrale qui avait frappé un cinéaste déjà entré dans la légende.

Le réalisateur, scénariste et producteur, né en 1926, avait obtenu en 1997 le Prix du cinquantième anniversaire du Festival de Cannes pour l'ensemble de son oeuvre.

C'est l'actrice française Isabelle Adjani qui lui avait remis le prix, en saluant "son humanité, sa tolérance et son courage, en des temps difficiles et troublés".

Parmi ses films les plus connus figurent "Le Destin" (1987), une dénonciation du fanatisme, ainsi que "La Terre" (1969) et "Alexandrie, Pourquoi" (1978), premier volet d'une trilogie autobiographique. En 1986, ila aussi tourné "Le sixième jour" avec Dalida.

C'est lui qui découvrit au début des années 50 Omar Charif, l'autre grand nom du cinéma égyptien, seul grand acteur arabe de stature internationale.

Eduqué en français et en anglais, Youssef Chahine était parti étudier à 21 ans le cinéma en Californie.

Il s'insurgea contre l'islamisme, lui qui connut dans son enfance une Egypte tolérante et multi-ethnique, où les chrétiens comme lui, mais aussi les juifs, vivaient en harmonie.

Très critique envers le régime égyptien, son dernier film, "Le chaos", co-réalisé avec Khaled Youssef en 2007 et qui dépeignait la corruption et la torture en Egypte, ne remporta pas le succès qu'il escomptait dans son pays ni à l'étranger.

Francophone et francophile, Youssef Chahine avait été décoré de la Légion d'honneur française en novembre 2006.

Le cinéaste était marié à une Française, Colette. Il n'avait pas d'enfants.

04/06/2008

Palme d'or

begaudeau.jpgLa Vendée a des talents...

François Bégaudeau : « Mes véritables racines familiales sont à Saint-Michel-en-L'Herm (Vendée) où ma famille a encore une maison. » : AFP

 

Auréolé de la Palme d'or remise à Entre les murs, le film tiré de son livre, le Vendéen, qui y joue son propre rôle, se considère d'abord comme un écrivain.

Entretien

François Bégaudeau.

Professeur, écrivain, aujourd'hui scénariste et acteur, est né loin de Cannes : à Luçon, en Vendée.

La Palme d'or, vous la vivez comment ?

Quand j'ai vu le gros « bordel » qu'elle a provoqué, j'ai décidé de ne faire aucune émission. J'ai refusé de partir en tournée. Juste après Cannes, je suis allé en résidence d'écrivain trois jours à Fontevraud. Ça m'énerve qu'on parle autant du film avant sa sortie. J'attends octobre pour voir ce que les gens en pensent vraiment.

Où avez-vous rencontré Laurent Cantet, le réalisateur d'Entre les murs, tiré de votre livre du même nom ?

Dans une émission de radio où j'étais venu parler du livre. Il m'a rappelé ensuite pour me proposer d'en faire un film où je jouerais mon propre rôle d'enseignant. Le roman était assez autobiographique, tiré de mon quotidien en tout cas. Il s'en est beaucoup inspiré, tout en apportant sa touche personnelle.

Est-ce que ce succès va changer votre façon d'écrire ?

Non. Des scénarios, j'en ai déjà écrit. Je sais que certains écrivains travaillent en pensant au cinéma, c'est plus lucratif. Mais quand j'écris, j'essaie d'écrire un bon livre, c'est tout. Je travaille actuellement sur deux livres qui paraîtront à la rentrée. Le premier, L'Antimanuel de littérature, est à la fois pédagogique et comique. L'autre est un pur roman dont le titre est encore secret.

Comment vous est venue la vocation d'écrivain ?

Quand je faisais mes études, comme tous les étudiants en lettres, j'avais déjà plus ou moins l'idée d'écrire. Ça s'est concrétisé. J'ai eu la chance d'être publié assez vite.

Vous vous êtes aussi intéressé au rock. Vous étiez chanteur dans le groupe « Zabriskie Point » et aimez, paraît-il l'équipe de Nantes de football...

Il ne faut rien exagérer ! J'ai chanté autrefois dans un groupe, mais c'est loin, tout ça ! Quant aux Canaris, c'est vrai, j'ai été supporter. Beaucoup moins maintenant car ce club n'a plus d'identité.

Revenons au cinéma. Vous avez aussi des liens avec le 7e art à La Roche-sur-Yon.

Six mois après ma rencontre avec Laurent Cantet, je l'ai retrouvé au festival yonnais En route pour le monde, consacré à l'aventure humaine. À la demande de Yannick Reix, son organisateur, je fais partie du comité de programmation. L'an dernier, en tant que critique aux Cahiers du cinéma, j'ai contribué aux débats.

Vous êtes écrivain mais vous êtes aussi engagé... à gauche.

Quand j'étais jeune, j'étais à l'extrême gauche. Maintenant à 37 ans, je suis de gauche. Vous savez, être de gauche, dans le milieu littéraire, ce n'est pas spécialement courageux. Je ne suis pas un de ces intellectuels qui montent sur leurs grands chevaux en toutes occasions. Par contre, j'essaie de fabriquer autant d'égalité et d'équité que possible en donnant accès à la parole et à la responsabilité pour tous.

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Recueilli par

 Marc LAMBRECHTS.

Ouest-France