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25/03/2006

Je vous salue Marie

Aujourd'hui c'est la fête de l'Annonciation, voici un poème de Francis Jammes qui allie Annonciation et Passion. Il parle aussi des simples choses humaines. C'est la foi du poète. Nous connaissons surtout ce beau poème par Georges Brassens qui l'a été mis partiellement en musique.

 

Par l'arc-en-ciel sur l'averse de roses blanches
Par le jeune frisson qui court de branche en branche
Et qui a fait fleurir la tige de Jessé;
Par les Annonciations riant dans les rosées
Et par les cils baissés des graves fiancées
Je vous salue Marie...

Par l'exaltation de votre humilité
Et par la joie du coeur des humbles visités
Par le Magnificat qu'entonnent mille nids
Par le lys de vos bras joints vers le Saint-Esprit
Et par Elisabeth, treille où frémit un fruit
Je vous salue Marie...

Par l'âne et le boeuf, par l'ombre et par la paille,
Par la pauvresse à qui l'on dit qu'elle s'en aille,
Par les nativités qui n'eurent sur leurs tombes
Que les bouquets de givre aux plumes de colombes
Par la vertu qui lutte et celle qui succombe
Je vous salue Marie...

Par le petit garçon qui meurt près de sa mère
Tandis que des enfants s'amusent au parterre
Et par l'oiseau blessé qui ne sait pas comment
Son aile tout à coup s'ensanglante et descend
Par la soif et la faim et le délire ardent
Je vous salue Marie...

Par les gosses battus, par l'ivrogne qui rentre
Par l'âne qui reçoit des coups de pied au ventre
Et par l'humiliation de l'innocent châtié
Par la vierge vendue qu'on a déshabillée
Par le fils dont la mère a été insultée
Je vous salue Marie...

Par la vieille qui, trébuchant sous trop de poids,
S'écrie " Mon Dieu ! ", par le malheureux dont les bras
Ne purent s'appuyer sur une amour humaine
Comme la croix du Fils sur Simon de Cyrène
Par le cheval tombé sous le chariot qu'il traîne
Je vous salue Marie...

Par les quatre horizons qui crucifient le Monde,
Par tous ceux dont la chair se déchire ou succombe
Par ceux qui sont sans pieds, par ceux qui sont sans mains,
Par le malade que l'on opère et qui geint
Et par le juste mis au rang des assassins
Je vous salue Marie...

Par la mère apprenant que son fils est guéri
Par l'oiseau rappelant l'oiseau tombé du nid
Par l'herbe qui a soif et recueille l'ondée
Par le baiser perdu, par l'amour redonné
Et par le mendiant retrouvant sa monnaie
Je vous salue Marie...

Francis Jammes

24/03/2006

Le Christ au palais de l'ONU

Poussé par la foule lasse et excédée, le Christ arriva au palais de l'ONU.Il avait le visage blême du chômeur, le pas incertain du réfugié, les épaules voûtées du mineur, l'oeil triste du Palestinien,les mains inertes du Sibérien,le coeur avide d'un jeune.

Il n'était recommandé par personne. Les larmes des humbles seules le faisaient avancer. La justice pour les faibles était sa seule force. Il frappa à la porte,mais, pour lui, c'était le "veto". Les hommes n'étaient pas libres. Au seuil du monde civilisé, il trouva la barbarie.

Il lut les Droits de l'homme et fut saisi de compassion.

L'homme a le droit à la vie, mais un enfant assassiné lui dit que ce n'était par vrai.

L'homme a droit à l'instruction, mais un Indien lui dit que c'était pure plaisanterie.

L'homme a droit au travail, mais un Africain du Sud lui dit que depuis vingt cinq ans c'est le contraire qui est vrai.

L'homme a droit à la paix, mais une veuve de guerre lui dit que personne ne pensait à elle.

L'homme a droit à la famille, mais un enfant d'orphelinat lui demanda ce que signifiait ces mots.

L'homme a droit à la liberté, mais un Argentin se mit à pleurer.

Et le Christ redescendit les marches du palais de verre.

Quand la foule lui demanda le résultat de sa visite, le Christ étendit les bras : il était alors crucifié, comme le Vendredi Saint.

Alors la foule se dispersa. Il pleuvait. Et le Christ demeura sous la pluie comme tant d'autres. Personne ne s'arrêta. Personne ne l'invita à monter en voiture. 

D’après Pier Luigi Torresin, « Christo ancore un croce »

21/03/2006

Lily

C'est aujourd'hui la journée internationale pour l'élimination de la discrimination raciale. Voir site de l'UNESCO.

Lily (chanson de Pierre Perret - 1977)

On la trouvait plutôt jolie, Lily
Elle arrivait des Somalies Lily
Dans un bateau plein d'émigrés
Qui venaient tous de leur plein gré
Vider les poubelles à Paris
Elle croyait qu'on était égaux Lily
Au pays de Voltaire et d'Hugo Lily
Mais pour Debussy en revanche
Il faut deux noires pour une blanche
Ça fait un sacré distinguo
Elle aimait tant la liberté Lily
Elle rêvait de fraternité Lily
Un hôtelier rue Secrétan
Lui a précisé en arrivant
Qu'on ne recevait que des Blancs

Elle a déchargé des cageots Lily
Elle s'est tapé les sales boulots Lily
Elle crie pour vendre des choux-fleurs
Dans la rue ses frères de couleur
L'accompagnent au marteau-piqueur
Et quand on l'appelait Blanche-Neige Lily
Elle se laissait plus prendre au piège Lily
Elle trouvait ça très amusant
Même s'il fallait serrer les dents
Ils auraient été trop contents
Elle aima un beau blond frisé Lily
Qui était tout prêt à l'épouser Lily
Mais la belle-famille lui dit nous
Ne sommes pas racistes pour deux sous
Mais on veut pas de ça chez nous

Elle a essayé l'Amérique Lily
Ce grand pays démocratique Lily
Elle aurait pas cru sans le voir
Que la couleur du désespoir
Là-bas aussi ce fût le noir
Mais dans un meeting à Memphis Lily
Elle a vu Angela Davis Lily
Qui lui dit viens ma petite sœur
En s'unissant on a moins peur
Des loups qui guettent le trappeur
Et c'est pour conjurer sa peur Lily
Qu'elle lève aussi un poing rageur Lily
Au milieu de tous ces gugus
Qui foutent le feu aux autobus
Interdits aux gens de couleur

Mais dans ton combat quotidien Lily
Tu connaîtras un type bien Lily
Et l'enfant qui naîtra un jour
Aura la couleur de l'amour
Contre laquelle on ne peut rien
On la trouvait plutôt jolie, Lily
Elle arrivait des Somalies Lily
Dans un bateau plein d'émigrés
Qui venaient tous de leur plein gré
Vider les poubelles à Paris.

***

C'était en 1977... et aujourd'hui?

20/03/2006

Printemps

Au printemps
Regardez les branches

 

Comme elles sont blanches !

 

Il neige des fleurs.

 

Riant dans la pluie,

 

Le soleil essuie

 

Les saules en pleurs

 

Et le ciel reflète,

 

Dans la violette

 

Ses pures couleurs...

 

La mouche ouvre l'aile

 

Et la demoiselle

 

Aux prunelles d'or,

 

Au corset de guêpe

 

Dépliant son crêpe,

 

A repris l'essor.

 

L'eau gaîment babille,

 

Le goujon frétille

 

Un printemps encore !

 

Théophile Gautier

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14/03/2006

Hymne du matin

Ô Père des siècles du monde
Voici le dernier-né des jours
            Qui monte
À travers nous à la rencontre
Du premier-né de ton amour.

C’est lui qui pour toi fit éclore,
C’est lui qui devant toi chantait
            L’aurore
Quand il n’était pas d’homme encore
Pour avoir part à sa beauté.

Par lui tout demeure en genèse,
Nos jours dans leur vieillissement
            Se dressent
À leur éveil vers sa jeunesse,
Car il se lève à l’Orient,

C’est lui qui sans cesse ranime,
C’est lui qui sur les temps maintient
            Cette hymne
Emerveillée dès l’origine
Devant l’ouvrage de tes mains.

Voici la nouvelle lumière
Montant au plus secret des corps,
            Ô Père,
Envoie le souffle sur la terre
Du Premier-né d’entre les morts.


Patrice de LA TOUR DU PIN,
La Prière de toutes les heures, 1969.
 

11/03/2006

Les mots

Les mots ont

la puissance délicate
des fleurs qui poussent

le courage impétueux
des rochers qui saignent

la mémoire silencieuse
des souffrances qui s'offrent

Thierry Piet
"Les jours sans bagages"
2004

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