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27/11/2022

Christian Bobin

L'écrivain Christian Bobin s'est éteint à 71 ans hier. Révélé au grand public avec son texte sur Saint-François d'Assise, "Le Très-Bas", cet auteur contemplatif était connu pour ses romans ou textes poétiques courts témoignant de son émerveillement pour les choses simples de la vie. 

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J'ai enlevé beaucoup de choses inutiles de ma vie et Dieu s'est approché pour voir ce qui se passait.

Il n'y a pas d'autre attente que de vivre.

Christian Bobin La femme à venir, p.134

 

J'ai trouvé Dieu dans les flaques d'eau, dans le parfum du chèvrefeuille, dans la pureté de certains livres et même chez des athées. Je ne l'ai presque jamais trouvé chez ceux dont le métier est d'en parler.

Christian Bobin Ressusciter

 

Pour être dans une solitude absolue, il faut aimer d'un amour absolu.

Christian Bobin Un désordre de pétales rouges, p. 51

 

Les vrais artistes trouvent leur force dans ce qui les accable. D'un empêchement à vivre ils font une grâce.

Christian Bobin L'équilibriste, p.19, Le temps qu'il fait

 

Être vivant, c'est être vu, entrer dans la lumière d'un regard aimant.

Christian Bobin L'inespérée, coll. folio # 2819

 

Le vrai père c'est celui qui ouvre les chemins par sa parole, pas celui qui retient dans les filets de sa rancoeur.

Christian Bobin Le Très-Bas., coll. folio #2681

La télévision, contrairement à ce qu'elle dit d'elle même, ne donne aucune nouvelle du monde. La télévision, c'est le monde qui s'effondre sur le monde, une brute geignarde et avinée, incapable de donner une seule nouvelle claire, compréhensible. La télévision c'est le monde à temps plein, à ras bord de souffrance, impossible à voir dans ces conditions, impossible à entendre.

Christian Bobin L'inespé

 

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03/11/2022

Les correspondants

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Un livre intéressant car c'est rare aujourd'hui de lire des correspondances d'amis.

Un vrai plaisir.

Se raconter tout en racontant les coulisses de leur processus créatif: les chanteurs Grand Corps Malade et Ben Mazué lèvent le voile sur une part de leur intimité dans un livre qui prend des allures de "making-of" de leur vie artistique. 

Le tout préfacé par leur troisième ami, le chanteur et auteur du roman "Petit pays", Gaël Faye, avec lequel ils ont sorti un disque de sept titres début septembre.

"Au départ, c'était une façon de garder le lien. Mais petit à petit, au fil des lettres, on s'est rendu compte que quelque chose d'autre se dessinait", explique Ben Mazué, 41 ans, à l'AFP.

Comme un exercice de psychanalyse mais sans divan, les deux comparses se confient à cœur ouvert: paternité, idoles de jeunesse... mais aussi sur la vie d'artiste, leurs doutes alors que la crise sanitaire joue les prolongations, leur rapport aux réseaux sociaux ou l'écriture d'un discours pour la réception d'une Victoire de la musique.

Moins connu du public que GCM, Ben Mazué, dont le dernier opus "Paradis" a été un succès public et critique, fait, depuis ses débuts en 2011, de sa vie l'essence de son oeuvre. 

"La vulnérabilité, j'ai pas de problème à en parler ça fait partie de mon arsenal émotif même si j'ai pas l'impression qu'on soit tombé dans l'apitoiement", explique celui qui a raflé sa première Victoire de la musique en février dernier.

"On ne s'est jamais dit +tiens, on va parler de ce thème, de la tournée, des enfants+ ... On n'a jamais fait de cahier des charges. On s'est laissé porter par cette correspondance comme si on prenait des nouvelles", poursuit également auprès de l'AFP Fabien Marsaud, alias Grand Corps Malade.

Alors même qu'ils s'écrivent, les deux hommes continuent de se voir.

Ces lettres deviennent un moment suspendu, loin du bruit des réseaux sociaux. "J'étais excité comme quand tu ouvres un paquet cadeau et tu te dis +mais de quoi il va me parler aujourd'hui+", poursuit le slameur du Blanc-Mesnil qui se déplace toujours à l'aide d'une béquille. "C'est une conversation parallèle, une relation parallèle qu'on n'a pas avec le texto et Whatsapp".

Avec sept albums au compteur, un livre et deux films remarqués qu'il a co-écrits et co-réalisés ("Patients" et "La vie scolaire", qui a réuni 1,8 million de spectateurs en salle) Fabien Marsaud veut défendre "cette envie d'écrire" à l'heure où les réseaux sociaux et les formats vocaux s'imposent dans le quotidien.

Le livre revient aussi sur l'angoisse des deux artistes pendant la crise liée au Covid-19. "On a sorti nos albums en même temps et la scène était impossible. Je recevais les bons chiffres de vente mais je ne vivais pas ce succès", confie GCM qui s'était fait le porte-voix du spectacle vivant au moment de la fermeture des salles avec le morceau "Pas essentiel".

"J'ai le sentiment qu'on est très vite passé à autre chose, on a très vite oublié mais grâce à ces courriers, cet album-photo sans photo, je peux revenir sur ces moments-là et me dire qu'on les a vraiment vécus", abonde Ben Mazué. 

Les correspondants, de GCM et Ben Mazué, préfacé par Gaël Faye.    JC Lattès  Octobre 2022

22:00 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0)

07/10/2022

Le temps qui passe

Le temps passait plus vite qu'avant. Je le sentais à tous les niveaux, soirées, semaines, mois, saisons, années. Je me souvenais des mercredis de l'enfance et des vacances d'été sans fin. Je commençais à entrevoir la durée effective d'une existence, à en pressentir les contours, à comprendre que tout irait plus vite que prévu. 

Victor Jestin - L'homme qui danse  (Flamarion 2022)

23/09/2022

Faire silence de soi

« Je ne crois pas en Dieu, je le vis » Ce sont des textes choisis de Maurice Zundel, prêtre suisse, qui a notamment prêché une retraite pour le pape Paul VI. C’est une anthologie présentée par France-marie Chauvelot et préfacé par le père marc Donzé. Editions Le Passeur Editeur, 384 pages. 9,50€

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Maurice Zindel  invite les chercheurs de Dieu à un chemin de dépouillement. « Dieu ne se définit pas, Dieu s’expérimente quand nous décollons de nous-mêmes », il faut « cesser de nous regarder », « cesser de faire du bruit avec nous-mêmes », sans quoi nous manquerons le rendez-vous avec Dieu « souverainement personnel » et « fragile » « qu’on a caché au fond de nous-mêmes ». « Dieu fragile, c’est la donnée la plus émouvante, la plus bouleversante, la plus neuve, la plus essentielle de l’Evangile. Dieu fragile confié à notre conscience. Dieu fragile et désarmé tellement que c’est à nous de le protéger contre nous-mêmes ».

« Dieu est toujours déjà là, c’est-à-dire que Dieu est toujours donné, donné, donné », insiste Maurice Zundel. Et si Dieu nous semble absent, c’est parce que nous le sommes à nous-mêmes. Personne, quelle que soit son histoire personnelle, ne peut donc désespérer de faire l’expérience de Dieu. Mais il faut accepter de se décentrer, de « faire silence de soi » : « Nous pouvons toujours être pour Dieu un espace de lumière et d’amour qui lui permette de s’exprimer, de révéler et de se communiquer. Qu’elles qu’aient été mes fautes et mes infidélités, qu’importe ? je n’ai pas à apprécier ma vie, à mon point de vue. (…) Ne perdons pas notre temps à nous demander à quel degré nous avons trahi Dieu ou dans quelle mesure nous avons réalisé sa présence en nous. Tout commence aujourd’hui. » Pour Zundel, Dieu est déjà présent en nous et il est si impatient de nous rencontrer.

Dominique Greiner dans La Croix du 22 septembre 2022

14/09/2022

L'homme qui danse

jestin.jpgJ'avais beaucoup aimé son premier roman "La chaleur" paru en 2019. Je guettais la sortie du deuxième. Il est paru le 24 août: "L'homme qui danse". Un roman encore plus fort, plus intense, écriture serrée, univers confiné.

La Plage est le nom de la boîte de nuit d'une petite ville en bord de Loire.
C'est là qu'Arthur, dès l'adolescence et pendant plus de vingt ans, se rend avec frénésie. Dans ce lieu hors du temps, loin des relations sociales ordinaires, il parvient curieusement à se sentir proche des autres, quand surtout ailleurs sa vie n'est que malaise et balbutiements. Sur la piste de danse, il grandit au gré des rencontres - amours fugaces, amitiés violentes, modèles masculins écrasants. Au fil des ans, il se cherche une place dans la foule, une façon d'exister.
Jusqu'où le mènera cette plongée dans la nuit ?
De son écriture précise, Victor Jestin nous conduit au plus près de l'intimité d'un homme qui lutte avec sa solitude, dans l'espoir obsédant d'aimer. 

Un auteur est né. On attend la suite.

Victor Jestin: L'homme qui danse  - Flammarion 2022

La chaleur

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25/08/2022

Une éclipse

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Dans les douze textes de ce livre paru il y a un peu plus d'an an, il y a densité et émotion. Homme des échappées belles, Raphaël Haroche (par ailleurs chanteur) ouvre son recueil par une nouvelle qui donne son titre à l’ensemble et emmène lectrices et lecteurs dans une île bretonne qui rappelle celle de Bréhat, où il possède une maison et un bateau. Un couple, Claire et son mari, et leurs deux enfants. Lui est scénariste en panne d’inspiration, elle actrice de réputation internationale. Il est jaloux, sait qu’elle l’a trompé deux fois puisqu’elle le lui a dit, sait aussi que ces temps-ci elle a une autre relation, se demande si elle va le quitter et s’il doit oser fouiller dans le téléphone portable de sa femme ?

Dans une autre nouvelle, « Les Patriciens », un couple de vieux homosexuels vit dans une maison comme « dans un tombeau égyptien ». Ils recueillent une jeune fille blessée, Soraya ; tels des loups, ses frères attaquent la maison et le couple pour récupérer leur sœur…

Un texte sur le tennis, « un monde est un monde parfait où tous les accidents possibles du cosmos ont été prévus », un autre sur un vieil architecte allemand qui a travaillé avec les nazis, qui s’est réfugié en Amérique du sud mais qui, finalement, sera châtié. Et puis un des temps forts d’« Une éclipse » : « Le monde à venir », le plus long (près de 30 pages) texte du livre. Une femme âgée écrit une lettre, « je suis aux portes de la longue nuit, je ne peux pas te toucher, ni te regarder, d’ailleurs les choses ne seraient certainement pas plus simples si je t’avais devant moi, que je sentais ta présence »

Avec Raphaël Haroche, la variété est au rendez-vous, mêlant joyeusement angoisse, fantastique, obscurité et lumière. L’auteur n’est pas près de s’éclipser !

Déjà j'avais lu "Revenir à la mer", avec "L'éclipse" je découvre un auteur qui se confirme. J'attends le roman qu'il préparerait.

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