Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

07/07/2022

L'homme qui marche

Notre Dieu s'est fait homme

Pour que l'homme soit Dieu
Mystère inépuisable
Fontaine du Salut

Quand Dieu dresse la table
Il convie ses amis
Pour que sa vie divine
Soit aussi notre vie

 

Le Seigneur nous convoque
Par le feu de l'esprit
Au banquet de ses noces
Célébrées dans la joie

Nous sommes son Église
L'épouse qu'il choisit
Pour vivre son alliance
Et partager sa vie

 

Merveille des merveilles
Miracle de ce jour
Pour nous Dieu s'abandonne
En cette eucharistie

Chassons toute indolence
Le Christ est parmi nous
Accueillons sa présence
Et offrons-nous à lui

 

Il frappe à notre porte
Le Seigneur tout-puissant
Il attend humble et pauvre
Mendiant de notre amour

Dénué d'arrogance
Sous l'aspect de ce pain
Il se donne en offrande
Pour demeurer en nous

 

Que nos cœurs reconnaissent
En ce pain et ce vin
L'unique nécessaire
Qui surpasse tout bien

Ce que nos yeux contemplent
Sans beauté ni éclat
C'est l'amour qui s'abaisse
Et nous élève à lui

 

Parolier : Marc Dannaud

homme.jpg

Christophe Saccard

 

L'homme qui marche

 

Il marche. Sans arrêt, il marche. Il va ici puis là. Il passe sa vie sur quelque soixante kilomètres de long, trente de large. Et il marche sans arrêt. On dirait que le repos lui est interdit.

---

Il va tête nue. La mort, le vent, l'injure, il reçoit tout de face, sans jamais ralentir son pas. A croire que ce qui le tourment n'est rien en regard de ce qu'il espère. A croire que la mort n'est guère plus qu'un vent de sable. A croire que vivre est comme il marche  -  sans fin.

 

L'humain est ce qui va ainsi, tête nue, dans la recherche jamais interrompue de ce qui est plus grand que soi. Et le premier venu est plus grand que nous : c'est une des choses que dit cet homme. C'est l'unique chose qu'qu'il cherche à faire entrer dans nos têtes lourdes. Le premier venu est plus grand que nous : il faut détacher chaque mot de cette phrase et le mâcher, le remâcher. La vérité, ça se mange. Voir l'autre dans sa noblesse de solitude, dans la beauté perdue de ses jours. Le regarder dans le mouvement de venir, dans la confiance de cette venue. C'est ce qu'il s'épuise à nous dire, l'homme qui marche : ne me regardez pas, moi. Regardez le premier venu et ça suffira, et ça devrait suffire.

 

Il va droit à la porte de l'humain. Il attend que cette porte s'ouvre. La porte de l'humain, c'est le visage. Voir face à face, seul à seul, un à un. Dans les camps de concentration, les nazis interdisaient aux déportés de les regarder dans les yeux sous peine de mort immédiate. Celui dont je n'accueille plus le visage  -  et pour l'accueillir, il faut que je lave mon propre visage de toute matière de puissance - celui-là, je le vide de son humanité et je m'en vide moi-même.

---

Ce qu'il dit est éclairé par des verbes pauvres : prenez, écoutez, venez, partez, recevez, allez. Aucune de ces paroles à demi voilées, à demi données, dont l'obscurité permet aux maîtres d'asseoir leur maîtrise.

 

Il ne parle pas pour attirer sur lui une poussière d'amour. Ce qu'il veut ce n'est pas pour lui qu'il le veut. Ce qu'il veut, c'est que nous nous supportions de vivre ensemble. Il ne dit pas : aimez-moi. Il dit  : aimez-vous. Il y a un abîme entre ses deux paroles. Il est d'un côté de l'abîme et nous restons de l'autre. C'est peut-être le seul homme qui ait vraiment parlé, brisé les liens de la parole et de la séduction, de l'amour et de la plainte.

---

Il dit qu'il est la vérité. C'est la parole la plus humble qui soit. L'orgueil, ce serait de dire : je la détiens, je l'ai mise dans l'écrin d'une formule. La vérité n'est pas une idée mais une présence. Rien n'est plus présent sue l'amour. La vérité, il l'est par son souffle, par sa voix, par sa manière amoureuse de contredire les lois de pesanteur, sans y prendre garde.

 

Que des millions d'hommes se soient nourris de son nom, qu'ils aient peint son visage avec de l'or, fait retentir sa parole sous des coupoles de marbre, cela ne prouve rien quant à la vérité de cet homme. On ne peut accorder crédit à sa parole en raison de la puissance historique qui en est sortie : sa parole n'est vraie que d'être désarmée. Sa puissance à lui, c'est d'être sans puissance, nu, faible, pauvre  -  mis à nu par son amour, affaibli par son amour, appauvri  par son amour. Telle est la figure du plus grand roi d'humanité, du seul souverain qui ait jamais appelé ses sujets un à un, à voix basse de nourrice. Le monde ne pouvait pas l'entendre. Le monde n'entend que là où il y a un peu de bruit et de puissance. L'amour est un roi sans puissance, dieu est un homme qui marche bien au-delà de la tombée du jour.

 

                     Extraits de: " L'homme qui marche" . Christian Bobin    Ed. Le temps qu'il fait

 

28/06/2022

Semelles au vent

arthur-rimbaud.jpgCamarade adolescent qui t'apprêtes à chausser tes semelles de vent, attention! Souviens-toi d'Arthur : voyager c'est promener son mal de vivre en croyant le semer! 

Sylvain Tesson: Un été avec Rimbaud

00:00 Publié dans Citations | Lien permanent | Commentaires (0)

27/06/2022

Les arbres

arbres.jpgLes arbres m'apprennent la discrétion. J'admire leur retenue, leur timidité. Aucune frondaison ne s'emmêle aux autres. Aucun tronc ne nuit à ses voisins. Les arbres ont l'infinie noblesse de ne pas se toucher. Chacun tire de la terre la force de se hisser au ciel, en silence. (p. 86) 

Sylvain Tesson  La Voie royale  (Pocket)

21:00 Publié dans Citations | Lien permanent | Commentaires (0)

21/06/2022

Fête de la musique

Fête de la musique avec le Choral du Veilleur de JS Bach

15/06/2022

Un été avec Rimbaud

rimbaud.jpgTous les étés depuis dix ans, France Inter et les éditions de l'Equateur nous invitent à passer un été avec un auteur. Cette année ce sera Colette.

Mais l'an passé, Sylvain Tesson s'est attaqué au mythe Rimbaud en le sortant de la kermesse biographique et en le dépoussiérant de ses vieux habits de jeune monstre de la poésie : Rimbaud anarchiste, communard, voyou, punk, beatnik, sauvage, avant-gardiste, moderne, trouvère, futuriste... Certes mais surtout Rimbaud, poète.
A ses côtés, Sylvain Tesson marche et traverse les paysages réels ou imaginaires suivant le cap tracé par René Char : « Rimbaud poète, cela suffit et cela est infini » A la vitesse de l'éclair mais aussi avec humour et lucidité, des Ardennes au désert africain Sylvain Tesson en voyageur aventureux perce à jour le voyant monstrueux qui révolutionna la poésie et qui n'avait qu'un ennemi : l'ennui.
Un été particulièrement incandescent où la route est une illumination.
Un été avec Rimbaud est le 9e titre de la collection.

Après avoir écouté quelques extraits l'été dernier, je viens de lire cet ouvrage décapant et fascinant. Rimbaud est vivant.

20:02 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0)

25/05/2022

Chantier du poème

chantier.jpg

L’arrivée du poème est multiple.
La plupart du temps, il progresse comme une vague qui déroule sa turbulence d’images et de mots.
Il s’organise parfois autour d’un mot clef.
Mot-noyau, tombant dru, bousculant le vocabulaire pour se chercher plus loin.
Mais plus encore : soulèvement du dedans; mouvement en quête de ses rythmes, de sa forme-paroles.

Greffes, le mot s’impose.
Cet œil, ce bourgeon inséré dans le vif d’une plante, me parle infiniment.

Greffe qui donne lieu à une vie autre; à un renouveau à partir d’une blessure, d’un manque.

Les analogies affluent, les images se chevauchent.
Je les accepte, je les inscris, en vrac.
Les mots viennent dans une sorte de tohu-bohu, à l’intérieur duquel – plus tard, je le sais -, je découvrirai mon pain, mon eau; et comme une direction.

Rarement le poème m’est donné d’un trait.
En général, il m’arrive comme une matière brute, dans laquelle je fourrage et trouve, peu à peu, une ordonnance, des rapports, des sonorités.

Serrant les écrous, rejetant le plâtre, repoussant les écorces, je tente d’aller au plus près de ce mouvement initial qui fait écrire.
De ce mouvement qui – peut-être, tout simplement – fait vivre, en densité.

Souvent, très souvent, presque malgré moi, je me trouve en face des mêmes thèmes.
Balancement des contraires : obscur-clair, horreurs-beauté, grisaille-souffles, puits-ailes, dedans-dehors, chant et contre-chant.

Pouble-pays, en apparence; mais que la vie brasse, ensemble, inépuisablement.

Les mots, je les souhaite au service d’un sens (dont la raison ne rend jamais tout à fait compte).
Au service d’une signification qui puisse être partagée.
Ou – du moins – d’une question si primordiale, qu’elle pourrait être celle de tous, et de chacun.

Je m’attelle pour cela à un long travail d’éluci-dation; m’efforçant à la transparence des mots, cherchant pour autant à ne pas affadir le troublant mystère de la poésie, de la vie.

J’aime que le mot soit rétif.
Mot sur lequel on bute, et sans lequel le poème ne tiendrait pas.
J’aime le traquer ce mot, partout : dans la vie courante, dans d’autres textes, dans le journal, sur une affiche, dans le métro…
Soudain, il tombe comme un fruit mûr sur un sol en attente; ou se laisse capturer, comme l’oiseau, dans les filets patiemment tendus.

Ce mot que l’on sent juste (qui sonne juste, je lis haut pour l’oreille) fait que l’on peut quitter le poème, en repos.
On s’éloigne, libre; pour renaître, haletant, devant le texte à venir.

Rien de moins abstrait, de moins factice, que cette préoccupation.
Le corps, la circulation sanguine, la respiration s’en ressentent.

La poésie, par moments, nous grefferait-elle à la totalité, à l’ouvert?
A la vraie vie?

 

Andrée Chédid

 
 
0

 

00:00 Publié dans Poèmes | Lien permanent | Commentaires (1)