04.12.2009

Découverte

L'auteur m'a envoyé ce recueil de poèmes de toute beauté.

Cliquez sur la photo pour en savoir plus.

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10.10.2009

J'inventerai

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J'inventerai des mots vivants comme des sources,
des mots ensoleillés comme un enfant heureux
s'arrête de jouer pour se désaltérer -
et je boirai cette eau qui me parle de toi.

J'inventerai des mots clairs comme des torrents,
des mots dans la forêt, ruisselants de lumière
comme ce jour d'été où je t'ai rencontré -
et je m'y baignerai en souvenir de toi.

J'inventerai des mots ronds comme des amphores,
des mots nés de l'amour de la terre et du feu,
je les façonnerai dans l'argile du temps -
et je les emplirai du parfum de ton nom.

J'inventerai des mots comme un cri de trompette,
des mots comme un volcan éclatant dans la nuit,
déchirant mon sommeil, dévastant mon espoir -
et je m'éveillerai, brûlé par ton absence.

J'inventerai des mots dressés comme des croix,
des mots qui font souffrir quand on voudrait aimer
à tous les carrefours, à toutes les rencontres -
et je les sculpterai dans le bois de ma vie.

J'inventerai des mots comme des tombeaux vides,
des mots comme un ciel gris quand on a tout perdu,
quand il ne reste plus qu'à retourner chez soi -
et je découvrirai que tu viens sur ma route.

J'inventerai des mots pour toutes les saisons,
des mots pour tous les jours, des mots pour le dimanche,
des mots pour l'abandon, des mots pour le bonheur -
enfin, j'écouterai les mots de ton silence.


A. M. LECLERCQ

26.09.2009

Instants de préface

Les recueils de Gilles Baudry sont, comme l’on dit, des « livres rares ».

D’abord parce qu’ils ne répondent pas une frénésie de publication et arrivent sur l’étal quand « le fruit est mûr ». Ensuite, parce qu’ils sont « couchés » sur vélin et qu’on accède aux textes, comme autrefois, grâce à un coupe-papier.

Voici donc le 9ème recueil du moine poète de Landévennec publié chez Rougerie. Il y a 24 ans, un premier recueil Il a neigé tant de silence avait obtenu le prix Artaud.

Ces instants de préface proposés aujourd’hui par Gilles Baudry-  parce que « la plupart de nos instants sont des instants de préface » (Emily Dickinson) – sont puisés dans le quotidien d’une vie émerveillée qui puise « à quatre mains dans la respiration des jours. »

C’est au dépassement que nous appelle, en définitive, l’auteur, pour faire jaillir de notre humanité la force de « conjurer l’inexorable nuit ». Parole de poète à l’écoute du Mystère.

P.T. dans Ouest-France du  22septembre 2009

  Ces initiales ne sont pas les miennes.

 

Gilles Baudry a aussi publié chez Rougerie

-         Il a neigé tant de silence (1985)

-         Jusqu’où meurt un point d’orgue (1987)

-         La seconde lumière (1990)

-         Invisible ordinaire (1995)

-         Présent intérieure (1998)

-         Versants du secret (2002)

-         Nulle autre lampe que la voix (2006

22.09.2009

Automne

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Les sanglots longs
des violons
de l'automne
blessent mon coeur
d'une langueur
monotone.

Tout suffocant
et blême, quand
sonne l'heure.
je me souviens
des jours anciens,
et je pleure...

Et je m'en vais
au vent mauvais
qui m'emporte
de çà, de là,
pareil à la
feuille morte...

Paul Verlaine

15.09.2009

Lumière

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Terre à terre comme

Vulgaire post-it

 

Décoller ma gomme

Du désert tout de suite

 

Feuille morte avalée

Prendre  la fuite

 

Voler vers la lumière

Qui m’invite

TP

26.08.2009

Bible de blé

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Quel est ce touchant attachement

cette écarlate incarnation

qui me tend et m’étend vers toi ?

 

Rien d’autre

que ta douce volonté

devant laquelle

s’exposent les miennes

à genoux

 

Rien d’autre

que ta bonne parole

Bible de blé

d’orge et de lumière

à mes lèvres

TP

24.07.2009

Trois poèmes + 1

Le ciel imprègne la plage
Où luit l'image de la mer
Moins radieuse que ton silence

 

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Mais ne méprise jamais pèlerin
Dans les derniers replis du soir
Au bord des lacs où dorment les montagnes
La femme, plus odorantes que les pains
Au corps de pollens et de raisins noirs.

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Les grands automnes descendent de la montagne
en silence
Jusqu'aux abeilles qui abandonnent nos dernières roses
Où la rosée du matin
A déjà le parfum de la neige.

Jean Mambrino

c’est ici
que la lumière
est toujours faite d’ombre

chatoyante
embrasée
elle se fond dans les feuilles
les mousses les broussailles
ou la chair de l’aubier

ne restent que les traces
noir et or
de l’incendie
et mille lambeaux de sang
sur les branches

le vent lui-même
malgré ses étoiles
demeure obscur


chargé d’oubli
Jean Mambrino

          "Clairière", dans L’oiseau-coeur, éd. Stock-Poésie, 1979, p. 53.

09.07.2009

Entre, Seigneur

Cherches-tu, Seigneur, une oreille?

Entre: sa corolle est ouverte.

Ton silence avive le mien,

ma solitude n'est plus seule.

Se taire est une telle paix

quand je suis en ta compagnie.

Ce moment d'âme sans durée

aux écoutes de l'invisible

tient du miracle et de la neige

en face du Buisson ardent.

Il y a cette voix en moi

qui cherche et ne trouve aucun chant.

Seul ton nom, Jésus, à feu doux,

à chaque battement de coeur,

passe et repasse sur mes lèvres

tel un harmonica d'enfant.

Frère Gilles Baudry, Landévennec

03.07.2009

Larme

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Larme              

Loin des oiseaux, des troupeaux, des villageoises,
Je buvais, accroupi dans quelque bruyère
Entourée de tendres bois de noisetiers,
Par un brouillard d'après-midi tiède et vert.

Que pouvais-je boire dans cette jeune Oise,
Ormeaux sans voix, gazon sans fleurs, ciel couvert.
Que tirais-je à la gourde de colocase ?
Quelque liqueur d'or, fade et qui fait suer.

Tel, j'eusse été mauvaise enseigne d'auberge.
Puis l'orage changea le ciel, jusqu'au soir.
Ce furent des pays noirs, des lacs, des perches,
Des colonnades sous la nuit bleue, des gares.

L'eau des bois se perdait sur des sables vierges,
Le vent, du ciel, jetait des glaçons aux mares...
Or ! tel qu'un pêcheur d'or ou de coquillages,
Dire que je n'ai pas eu souci de boire !          

Arthur Rimbaud (1872)

23.06.2009

A la musique

Place de la Gare, à Charleville.

Sur la place taillée en mesquines pelouses,
Square où tout est correct, les arbres et les fleurs,
Tous les bourgeois poussifs qu’étranglent les chaleurs
Portent, les jeudis soirs, leurs bêtises jalouses.

- L’orchestre militaire, au milieu du jardin,
Balance ses schakos dans la Valse des fifres :
Autour, aux premiers rangs, parade le gandin ;
Le notaire pend à ses breloques à chiffres.

Des rentiers à lorgnons soulignent tous les couacs :
Les gros bureaux bouffis traînant leurs grosses dames
Auprès desquelles vont, officieux cornacs,
Celles dont les volants ont des airs de réclames ;

Sur les bancs verts, des clubs d’épiciers retraités
Qui tisonnent le sable avec leur canne à pomme,
Fort sérieusement discutent les traités,
Puis prisent en argent, et reprennent : ” En somme !… “

Épatant sur son banc les rondeurs de ses reins,
Un bourgeois à boutons clairs, bedaine flamande,
Savoure son onnaing d’où le tabac par brins
Déborde - vous savez, c’est de la contrebande ; -

Le long des gazons verts ricanent les voyous ;
Et, rendus amoureux par le chant des trombones,
Très naïfs, et fumant des roses, les pioupious
Caressent les bébés pour enjôler les bonnes…

- Moi, je suis, débraillé comme un étudiant,
Sous les marronniers verts les alertes fillettes :
Elles le savent bien ; et tournent en riant,
Vers moi, leurs yeux tout pleins de choses indiscrètes.

Je ne dis pas un mot : je regarde toujours
La chair de leurs cous blancs brodés de mèches folles :
Je suis, sous le corsage et les frêles atours,
Le dos divin après la courbe des épaules.

J’ai bientôt déniché la bottine, le bas…
- Je reconstruis les corps, brûlé de belles fièvres.
Elles me trouvent drôle et se parlent tout bas…
- Et je sens les baisers qui me viennent aux lèvres…

Arthur Rimbaud, Poésies

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