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01/08/2011

Venise

venise.jpg


Dans Venise la rouge,
Pas un bateau qui bouge,
Pas un pêcheur dans l’eau,
Pas un falot.

Seul, assis à la grève,
Le grand lion soulève,
Sur l’horizon serein,
Son pied d’airain.

Autour de lui, par groupes,
Navires et chaloupes,
Pareils à des hérons
Couchés en ronds,

Dorment sur l’eau qui fume,
Et croisent dans la brume,
En légers tourbillons,
Leurs pavillons.

La lune qui s’efface
Couvre son front qui passe
D’un nuage étoilé
Demi-voilé.

Ainsi, la dame abbesse
De Sainte-Croix rabaisse
Sa cape aux larges plis
Sur son surplis.

Et les palais antiques,
Et les graves portiques,
Et les blancs escaliers
Des chevaliers,

Et les ponts, et les rues,
Et les mornes statues,
Et le golfe mouvant
Qui tremble au vent,

Tout se tait, fors les gardes
Aux longues hallebardes,
Qui veillent aux créneaux
Des arsenaux.

Ah ! maintenant plus d’une
Attend, au clair de lune,
Quelque jeune muguet,
L’oreille au guet.

Pour le bal qu’on prépare,
Plus d’une qui se pare,
Met devant son miroir
Le masque noir.

Sur sa couche embaumée,
La Vanina pâmée
Presse encor son amant,
En s’endormant ;

Et Narcissa, la folle,
Au fond de sa gondole,
S’oublie en un festin
Jusqu’au matin.

Et qui, dans l’Italie,
N’a son grain de folie ?
Qui ne garde aux amours
Ses plus beaux jours ?

Laissons la vieille horloge,
Au palais du vieux doge,
Lui compter de ses nuits
Les longs ennuis.

Comptons plutôt, ma belle,
Sur ta bouche rebelle
Tant de baisers donnés…
Ou pardonnés.

Comptons plutôt tes charmes,
Comptons les douces larmes,
Qu’à nos yeux a coûté
La volupté !

Alfred de Musset

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18/07/2011

L'été

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Il brille, le sauvage Été,
La poitrine pleine de roses.
Il brûle tout, hommes et choses,
Dans sa placide cruauté.

Il met le désir effronté
Sur les jeunes lèvres décloses ;
Il brille, le sauvage Été,
La poitrine pleine de roses.

Roi superbe, il plane irrité
Dans des splendeurs d’apothéoses
Sur les horizons grandioses ;
Fauve dans la blanche clarté,
Il brille, le sauvage Été.

Théodore de Banville (1823-1891)

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12/07/2011

L'Ange

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Et puis après, voici un ange,
Un ange en blanc, un ange en bleu,
Avec sa bouche et ses deux yeux,
Et puis après voici un ange,

Avec sa longue robe à manches,
Son réseau d’or pour ses cheveux,
Et ses ailes pliées en deux,
Et puis ainsi voici un ange,

Et puis aussi étant dimanche,
Voici d’abord que doucement
Il marche dans le ciel en long
Et puis aussi étant dimanche,

Voici qu’avec ses mains il prie
Pour les enfants dans les prairies,
Et qu’avec ses yeux il regarde
Ceux de plus près qu’il faut qu’il garde ;

Et tout alors étant en paix
Chez les hommes et dans la vie,
Au monde ainsi de son souhait,
Voici qu’avec sa bouche il rit.

Max Elskamp

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03/07/2011

Juillet

soleil chaud.jpg

 

Juillet

fin de journée

 

assis

sur la pierre chaude

du jardin

 

je regarde

le soleil se défaire

tel un œuf

sur le plat du ciel

 

seul

le grésillement d’un insecte

me rappelle à moi-même

perdu dans la braise

de mes pensées

 

TP extrait de "Terre d'envol" Echo optique 2010

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28/06/2011

L'orage

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Parmi les pommes d’or que frôle un vent léger
Tu m’apparais là-haut, glissant de branche en branche,
Lorsque soudain l’orage accourt en avalanche
Et lacère le front ramu du vieux verger.

Tu fuis craintive et preste et descends de l’échelle
Et t’abrites sous l’appentis dont le mur clair
Devient livide et blanc aux lueurs de l’éclair
Et dont sonne le toit sous la pluie et la grêle.

Mais voici tout le ciel redevenu vermeil.
Alors, dans l’herbe en fleur qui de nouveau t’accueille,
Tu t’avances et tends, pour qu’il rie au soleil,
Le fruit mouillé que tu cueillis, parmi les feuilles.

Emile Verhaeren

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26/06/2011

Fête Dieu

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Pourquoi tant d'importance à cette Pâque Juive
Que tu prends si grand soin à faire préparer,
Sinon pour désigner l'épreuve décisive
De ton Heure prochaine, et nous la partager ?...

Nous pouvons apprécier avec quelle maîtrise
Tu marches vers ta mort quand, menacé, proscrit,
A deux disciples sûrs les signes tu précises
Pour en ville trouver l'endroit que tu choisis...

Ruse d'homme traqué, ou regard de prophète
Qui nous décrit le lieu d'un tout nouveau festin
Puisque tu viens offrir le menu de la fête :
Notre Pâque, c'est toi quand sonne ton destin ?...

Seuls comptent désormais ces trois ou quatre gestes
Dont tu changes le sens : prendre et bénir le pain,
Le rompre et partager, quand ta Parole atteste
Qu'il s'agit de ton corps remis entre nos mains...

Ainsi nous donnes-tu ton existence même
Dans toute son ampleur, jusqu'au dernier moment
Où, plongé dans la nuit, tu reçois ton baptême,
Menant le plan de Dieu à son achèvement...

Si nous voulons entrer dans cette plénitude,
La coupe de ton sang qu'ensemble nous buvons,
Nous apprend dans l'amour à vivre l'attitude
Qui révèle de Dieu le suprême abandon...
P. Hamain

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