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01/10/2011

Rayons d'octobre

 

Octobre1.jpg

 

Octobre glorieux sourit à la nature. 
On dirait que l'été ranime les buissons. 
Un vent frais, que l'odeur des bois fanés sature, 
Sur l'herbe et sur les eaux fait courir ses frissons. 

Le nuage a semé les horizons moroses, 
De ses flocons d'argent. Sur la marge des prés, 
Les derniers fruits d'automne, aux reflets verts et roses, 
Reluisent à travers les rameaux diaprés. 

Forêt verte qui passe aux tons chauds de l'orange ; 
Ruisseaux où tremble un ciel pareil au ciel vernal ; 
Monts aux gradins baignés d'une lumière étrange. 
Quel tableau ! quel brillant paysage automnal ! 

À mi-côte, là-bas, la ferme ensoleillée, 
Avec son toit pointu festonné de houblons, 
Paraît toute rieuse et comme émerveillée 
De ses éteules roux et de ses chaumes blonds. 

Aux rayons dont sa vue oblique est éblouie, 
L'aïeul sur le perron familier vient s'asseoir : 
D'un regain de chaleur sa chair est réjouie, 
Dans l'hiver du vieillard, il fait moins froid, moins noir. 

Calme et doux, soupirant vers un lointain automne, 
Il boit la vie avec l'air des champs et des bois, 
Et cet étincelant renouveau qui l'étonne 
Lui souffle au coeur l'amour des tendres autrefois. 

De ses pieds délicats pressant l'escarpolette, 
Un jeune enfant s'enivre au bercement rythmé, 
Semblable en gentillesse à la fleur violette 
Que l'arbuste balance au tiède vent de mai. 

Près d'un vieux pont de bois écroulé sur la berge, 
Une troupe enfantine au rire pur et clair, 
Guette, sur les galets qu'un flot dormant submerge, 
La sarcelle stridente et preste qui fend l'air. 

Vers les puits dont la mousse a verdi la margelle, 
Les lavandières vont avec les moissonneurs ; 
Sous ce firmament pâle éclate de plus belle 
Le charme printanier des couples ricaneurs. 

Et tandis que bruit leur babillage tendre, 
On les voit déroulant la chaîne de métal 
Des treuils mouillés, descendre et monter et descendre 
La seille d'où ruisselle une onde de cristal. 

Nérée BEAUCHEMIN (1850-1931) 

Recueil : Les Floraisons matutinales

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30/09/2011

Je t'ai aimée bien tard

DIEU EST BEAU.jpg

Je t'ai aimée bien tard, 
Beauté ancienne et toujours nouvelle, 
Je t'ai aimée bien tard !

Tu étais au-dedans de moi-même, 
Et moi j'étais au-dehors de moi-même, 
C'était en ce dehors que je te cherchais, 
Et me ruant sur ces beautés, pourtant créées par toi, 
J'y perdais ma propre beauté.

Tu étais avec moi, mais je n'étais pas avec toi… 
Tu m'as appelé, tu as crié 
Et tu as triomphé de ma surdité.

Tu as brillé, tu as fait resplendir tes rayons 
Et tu as chassé les ténèbres de mon aveuglement.

Tu as répandu l'odeur de tes parfums : 
J'ai commencé à les respirer et j'ai soupiré après toi. 
J'ai goûté la douceur de ta grâce 
Et j'ai eu faim et soif de toi.

Tu m'as touché et mon cœur est tout brûlant d'ardeur 
Pour la jouissance de ton éternelle paix. 

St Augustin - Les Confessions

Calligraphie: "Dieu est beau" de Abdelatif Habib

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26/09/2011

L'automne

L'automne au parc Raimbault a Montreal.jpg

Salut ! bois couronnés d’un reste de verdure !
Feuillages jaunissants sur les gazons épars !
Salut, derniers beaux jours ! Le deuil de la nature
Convient à la douleur et plaît à mes regards !

Je suis d’un pas rêveur le sentier solitaire,
J’aime à revoir encor, pour la dernière fois,
Ce soleil pâlissant, dont la faible lumière
Perce à peine à mes pieds l’obscurité des bois !

Oui, dans ces jours d’automne où la nature expire,
A ses regards voilés, je trouve plus d’attraits,
C’est l’adieu d’un ami, c’est le dernier sourire
Des lèvres que la mort va fermer pour jamais !

Ainsi, prêt à quitter l’horizon de la vie,
Pleurant de mes longs jours l’espoir évanoui,
Je me retourne encore, et d’un regard d’envie
Je contemple ses biens dont je n’ai pas joui !

Terre, soleil, vallons, belle et douce nature,
Je vous dois une larme aux bords de mon tombeau ;
L’air est si parfumé ! la lumière est si pure !
Aux regards d’un mourant le soleil est si beau !

Je voudrais maintenant vider jusqu’à la lie
Ce calice mêlé de nectar et de fiel !
Au fond de cette coupe où je buvais la vie,
Peut-être restait-il une goutte de miel ?

Peut-être l’avenir me gardait-il encore
Un retour de bonheur dont l’espoir est perdu ?
Peut-être dans la foule, une âme que j’ignore
Aurait compris mon âme, et m’aurait répondu ? …

La fleur tombe en livrant ses parfums au zéphire ;
A la vie, au soleil, ce sont là ses adieux ;
Moi, je meurs; et mon âme, au moment qu’elle expire,
S’exhale comme un son triste et mélodieux.

Alphonse de Lamartine, Méditations poétiques

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21/09/2011

Reste tranquille

Reste tranquille, si soudain 
l'Ange à ta table se décide ; 
efface doucement les quelques rides 
que fait la nappe sous ton pain.

Tu offriras ta rude nourriture 
pour qu'il en goûte à son tour, 
et qu'il soulève à sa lèvre pure 
un simple verre de tous les jours.

Ingénuement, en ouvrier céleste, 
il prête à tout une calme attention ; 
il mange bien en imitant ton geste, 
pour bien bâtir à ta maison.

RM Rilke

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18/09/2011

J'appelle

 

vendangeurs.jpg

 

 

 

On me dit que mes enfants, les hommes, ont des problèmes d'emploi.
Moi, j'appelle, dit Dieu.
J'embauche tout le temps, je suis sur la place pour embaucher dès 6H00 du matin.
J'y suis à 9H00, j'y suis à 14H00.
J'y suis encore à 5H00 du soir, alors que la journée va s'achever; à ce moment, moi, j'embauche encore.
Et moi je paie, dit Dieu.
Je ne paie pas à l'heure, ni au mois, ni aux pièces.
Moi je paie à l'éternité...
Parfaitement : une éternité de bonheur pour celui qui aura travaillé pour moi quelques heures, quelques semaines, quelques mois, quelques années.
Et j'appelle tous ceux qui veulent.
Je ne demande ni BAC, ni BEPC, ni CAP, ni BTS, ni diplôme d'aucune sorte.
Je ne demande que de la bonne volonté, la volonté de travailler; j'appelle pour tous les métiers.
J'ai besoin de cantonniers,
car il est écrit : "Préparez les routes du Seigneur, rabotez les collines et rectifiez les virages...".
J'ai besoin de cantonniers pour préparer la route de mon retour.
En créant un monde moins inégal et plus droit, en luttant contre les injustices et les misères,
En rendant les routes de la vie moins dures et moins pénibles pour les hommes, mes fils, pour les hommes, vos frères...
J'ai besoin d'infirmiers, de bons samaritains,
ceux qui soignent les maladies du corps et surtout de l'âme,
ceux qui ramassent dans les fossés les blessés de la vie, les abandonnés de la route...
J'ai besoin de vignerons et de moissonneurs,
car "la moisson est abondante et les ouvriers peu nombreux".
J'appelle tous ceux qui sont prêts à récolter
la moisson des bonnes volontés qui ne savent où s'adresser,
la vendange des joies qui ne savent avec qui se partager...
Surtout, surtout, j'ai besoin de bergers,
"car j'ai pitié de ces foules, qui sont comme des troupeaux sans pasteurs".
Ceux par les mains de qui je partagerai à tous les affamés le Pain de ma Parole,
le Pain de mon Corps et le Vin de mon Sang...
Venez tous, dit Dieu, j'appelle; il y a du travail pour tous, j'emploie tout le monde...
Et ce soir, après la journée de travail, tous ensemble, avec Moi, vous ferez la fête ! 

15/09/2011

Toucher la lumière

Toucher la lumière

Lumière.jpg


Par une nuit de pleine lune

essaye de fixer la galaxie

Tu verras qu’elle est cours d’eau

avec tes bras pour affluents

ta poitrine pour estuaire

 

Aujourd’hui le ciel a écrit son poème

à l’encre blanche

Il l’a appelé neige

 

Ton rêve rajeunit tandis que tu vieillis

Le rêve grandit en marchant

vers l’enfance

 

Le rêve est une jument

qui au loin nous emporte

sans jamais se déplacer

 

Le nuage est las de voyager

Il descend à la plus proche rivière

pour laver sa chemise

A peine a-t-il mis les pieds dans l’eau

que la chemise se dissout

et disparaît

 

Une rose sort de son lit

prend les mains du matin

pour se frotter les yeux

 

Le palmier parle avec son tronc

la rose avec son odeur

 

Le vent et l’espace vagabondent

main dans la main

 

Arc-en-ciel ?

Unité du ciel et de la terre

tressés en une seule corde

 

Il marche sur les versants de l’automne

appuyé au bras du printemps

 

Le ciel pleure lui aussi

mais il essuie ses larmes

avec le foulard de l’horizon

 

Quand vient la fatigue

le vent déroule le tapis de l’espace

afin de s’y allonger

 

Dans la forêt de mes jours

aucune place

sauf pour le vent

 

Pour toucher la lumière

tu dois t'appuyer sur ton ombre

 

Je sens parfois que le vent

est un enfant qui crie

porté sur mes épaules

 

Comment décrire à l’arbre

le goût de son fruit ?

A l’arc

le travail de la corde ?

 

Telle une main

la lumière se déplace

sur le corps des ténèbres

 

C’est l’épaule de l’espace

qui s’effondre là-bas

sous les nuages noirs

 

L’espace dans l’œil de la guillotine

est lui aussi tête à couper

 

Tu ne peux être lanterne

si tu ne portes la nuit

sur tes épaules

 

Je conclurai un pacte avec les nuages

pour libérer la pluie

Un autre avec le vent

pour qu’il nous libère

les nuages et moi

 

La parole est demeure dans l’exil

chemin dans la patrie

 

Qu’il est étrange ce pacte

entre les vagues et le rivage –

le rivage écrit le sable

les vagues effacent l’écriture

 

Mémoire – ton autre demeure

où tu ne peux pénétrer

qu’avec un corps devenu

souvenir

 

 

Adonis, in Toucher la lumière, Ed. Fata Morgana, 1997. Ouvrage d’artiste en édition limitée à 30 exemplaires, comportant chacun une peinture originale de Farid Belkahia.

Texte traduit de l’arabe par Anne Wade Minkowski.

 

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