08/05/2014
Joli mois de mai
On te dit joli, mais pas toujours…
Le muguet est souvent couché sous le vent et la pluie.
Cette année, il a pointé son nez un peu plus tôt, sans doute pour voir le jour sous le soleil d’avril qui, depuis quelques années, mériterait d’être un mois d’été. Je ne t’en veux pas, tu sais.
On te dit gentil aussi, mais pas toujours…
En 45, Paris et La France étaient en liesse. Le mot « Liberté » était sur toutes les lèvres et la joie dans tous les cœurs.
Mais en 68, à Paris les pavés étaient lourds de révolte, les barricades chargées de revendications. Ouvriers et étudiants se donnaient la main pour inventer un nouveau demain. Les printemps, dans le monde, commencent souvent dans le sang. Tu devrais y réfléchir.
On te dit Mois de Marie…
Tu n’as pourtant rien revendiqué. C’est la foi populaire qui t’a consacré ainsi ! C’est sans avoir vu que tous les mois de l’année ont une fête dédiée à Marie, et dans la liturgie de l’Eglise le véritable mois de Marie est celui de Décembre, le mois de l’Avent. Je ne te crois pas voleur pour autant, mais je te pardonne quand même !
On te dit festif…
Eh oui ! tu donnes le ton dès le premier jour. On fête le travail sans travailler, et dans la foulée on remet ça le huit pour fêter la fin de la dernière guerre mondiale. Et tu t’es arrangé pour avoir l’Ascension un jeudi ! Et parfois, quand le mois de juin ne te le vole pas, tu nous offres un lundi de Pentecôte ! Et entre ça, tu nous places la fête des mères, celles des pères, et celles de tous les enfants qui font leurs communions. Avec toi, je deviendrais paresseux !
Mais reste comme tu es, car je trouve en toi toutes les promesses de l’été : un beau temps de plus en plus beau, une plage qui se cache sous des pavés, un 15 août et ses processions, des pique-niques et barbecues en famille.
TP
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20/04/2014
La croix de Pâques

Celui qui regarde vers Pâques
Porte sa croix
Comme une femme porte
son enfant car jésus fait de sa croix une naissance.
Il porte sa croix comme un arbre porte du fruit
Car jésus fait du bois mort un printemps.
Il porte sa croix comme chacun porte son nom
Car jésus fait de sa croix le nom de son amour.
Il porte sa croix comme un livre porte un titre,
Car jésus fait de la croix le titre des chrétiens.
Il porte sa croix comme un facteur porte le courrier,
Car Jésus fait de la croix la bonne nouvelle que mort est morte.
Il porte la croix comme on porte la tête haute,
Car, avec sa croix, Jésus ressuscite la dignité de l'homme.
Il porte sa croix comme on porte la contestation,
Car Jésus fait de la croix un signe de contradiction.
Jean Debruyne
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17/04/2014
Jeudi Saint

Fête du blé, fête du pain de Paul Verlaine
C’est la fête du blé, c’est la fête du pain
Aux chers lieux d’autrefois revus après ces choses !
Tout bruit, la nature et l’homme, dans un bain
De lumière si blanc que les ombres sont roses.
L’or des pailles s’effondre au vol siffleur des faux
Dont l’éclair plonge, et va luire, et se réverbère.
La plaine, tout au loin couverte de travaux,
Change de face à chaque instant, gaie et sévère.
Tout halète, tout n’est qu’effort et mouvement
Sous le soleil, tranquille auteur des moissons mûres,
Et qui travaille encore imperturbablement
À gonfler, à sucrer là-bas les grappes sures.
Travaille, vieux soleil, pour le pain et le vin,
Nourris l’homme du lait de la terre, et lui donne
L’honnête verre où rit un peu d’oubli divin.
Moissonneurs, — vendangeurs là-bas ! — votre heure est bonne !
Car sur la fleur des pains et sur la fleur des vins,
Fruit de la force humaine en tous lieux répartie,
Dieu moissonne, et vendange, et dispose à ses fins
La Chair et le Sang pour le calice et l’hostie !
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08/02/2014
Jeux olympiques d'antan

Jadis Pindare et Montherlant
Célébrèrent les olympiades
Par des hymnes et des péans
A la gloire des dieux du stade.
Le sport, aujourd’hui bien malade,
N’est plus un spectacle exaltant.
Hélas ! il est passé le temps
Des jeux olympiques d’antan.
Heureux soldat de Marathon
Qui mourut en criant : Victoire !
Il est devenu un champion
Sans tirer profit de sa gloire.
Le sport aujourd’hui, triste foire,
Enrichit surtout les marchands.
Hélas ! il est passé le temps
Des jeux olympiques d’antan
L’athlète était jadis enduit
D’une huilez parfumée et fine.
Maint garçon se dope aujourd’hui ;
Les filles n’ont plus de poitrine.
Au stade règne la combine,
Et la violence trop souvent.
Hélas ! il est passé le temps
Des jeux olympiques d’antan
Envoi
Avec Pindare et Montherlant
Louons encor les dieux du stade.
Mais rejetons la mascarade
Du sport vénal de notre temps
(Maudit soit-il) en regrettant
les jeux olympiques d’antan.
Raoul Bécousse
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07/02/2014
Une tempête

Une tempête
Approchait, et je vis, en relevant la tête,
Un grand nuage obscur posé sur l'horizon ;
Aucun tonnerre encor ne grondait ; le gazon
Frissonnait près de moi ; les branches tremblaient toutes,
Et des passants lointains se hâtaient sur les routes.
Cependant le nuage au flanc vitreux et roux
Grandissait, comme un mont qui marcherait vers nous.
On voyait dans des prés s'effarer les cavales,
Et les troupeaux bêlants fuyaient. Par intervalles,
Terreur des bois profonds, des champs silencieux,
Emplissant tout à coup tout un côté des cieux,
Une lueur sinistre, effrayante, inconnue ;
D'un sourd reflet de cuivre illuminait la nue,
Et passait, comme si, sous le souffle de Dieu,
De grands poissons de flamme aux écailles de feu,
Vastes formes dans l'ombre au hasard remuées,
En ce sombre océan de brume et de nuées
Nageaient, et dans les flots du lourd nuage noir
Se laissaient par instants vaguement entrevoir !
Victor Hugo
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30/01/2014
L'enfant et le miroir

Un enfant élevé dans un pauvre village
Revint chez ses parents, et fut surpris d'y voir
Un miroir.
D'abord il aima son image ;
Et puis, par un travers bien digne d'un enfant,
Et même d'un être plus grand,
Il veut outrager ce qu'il aime,
Lui fait une grimace, et le miroir la rend.
Alors son dépit est extrême ;
Il lui montre un poing menaçant,
Il se voit menacé de même.
Notre marmot fâché s'en vient, en frémissant,
Battre cette image insolente ;
Il se fait mal aux mains. Sa colère en augmente ;
Et, furieux, au désespoir,
Le voilà devant ce miroir,
Criant, pleurant, frappant la glace.
Sa mère, qui survient, le console, l'embrasse,
Tarit ses pleurs, et doucement lui dit :
N'as-tu pas commencé par faire la grimace
A ce méchant enfant qui cause ton dépit ?
- Oui. - Regarde à présent : tu souris, il sourit ;
Tu tends vers lui les bras, il te les tend de même ;
Tu n'es plus en colère, il ne se fâche plus :
De la société tu vois ici l'emblême ;
Le bien, le mal, nous sont rendus.
Jean-Pierre Claris de FLORIAN (1755-1794)
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