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02/07/2015

Liberté

 

liberté.png

 

Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable de neige
J’écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom

Sur chaque bouffées d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom

Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes raisons réunies
J’écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attendries
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom

Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté

 

Paul Eluard, Poésies et vérités, 1942

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29/06/2015

Mirage

une-femme-volante.jpgJe descends de la voiture, je me dirige vers La Poste pour déposer une lettre dans la boite quand tout à coup je la vois, là, au distributeur de billets.

Toute en blanc des pieds à la tête, son voile flottant légèrement dans le vent. Il est midi. Le soleil est blanc lui aussi, réfléchissant sur les vêtements de la belle une lumière éclatante. J’ai oublié mes lunettes de soleil. Les yeux me brûlent.

Elle pianote sur le clavier, ses doigts sont agiles, je crois entendre une musique cristalline. Est-ce une française, une sarrasine ? une chanteuse d’opéra ou une mariée échappée de sa noce ?

Soudain, la Poste disparaît, mais l’inconnue est toujours là, dans la même position, au milieu d’un désert de sable brûlant.  Est-elle à dos de cheval ou de chameau ? difficile à dire, mais ses doigts semblent maintenant agiter des rênes imaginaires. Elle trotte ou flotte sur place dans un halo de vapeur troublant. Je deviens toupie vacillante, puis sur un tapis volant je me sens soulever du sol. Je suis comme un drone qui veut vérifier si la belle ingénue n’est pas un mirage. Elle aussi se met à voler. On dirait Pégase avec des ailes de gaze. Et nous dansons parmi les nuages. Hamilton n’est pas là et je n’ai pas mon appareil photo pour capter cet instant d’éternité.

Je me frotte les yeux. Je suis descendu. La Poste est revenue ; la boite à lettres aussi, un peu plus loin.

Devant le distributeur, elle met un à un ses billets dans une petite bourse en or, puis elle disparait comme une tornade blanche, me laissant seul, mes pieds sur le goudron (ce n’est pas de l’imagination), une lettre dans la main que je serre bien et un gros point d’interrogation qui sonne dans ma tête semblable au battant d’une cloche.

TP

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25/06/2015

Traces

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Un cœur en feu ! stop ! je m’arrête.

Elle s’arrête en double file.

Je baisse la vitre.

Sylvie Vartan. L’amour c’est comme une cigarette. Je reconnais.

Va-t-elle me regarder à défaut de m’entendre ?

Mais non ! Elle fait vrombir son cabriolet pour me narguer.

Feu vert. Là voilà qui démarre en trombe et disparaît dans un nuage de fumée.

Je cale. Abasourdi. Coincé entre deux parenthèses.

Je redémarre doucement.

Machinalement, j’allume l’autoradio. Nostalgie.

Alain Chamfort chante mélancoliquement : Traces de toi.

 

TP

12/06/2015

Le Caravage

bacchus.jpeg

Le Caravage: Bacchus.

A la vie

à la mort

à l’envie de mordre

la vie à pleine mort

 

Les poings fermés

les manches retroussées

la grappe mûre

de sa chevelure

la mèche rebelle

allumée

 

Sur l’épaule lumineuse

nulle trace de besace

 

Le sein nu auréolé

 

Visage d’ange

à la tempe dégarnie

que nulle lampe n’éblouit

sinon la grâce

qui le ravage

 

TP

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11/06/2015

Nostalgie

 

homme enfant.jpeg

 

Comme si tu venais
et t'en allais tout doucement,
d'un autre chemin
vers un autre chemin.

Te voir,
et déjà à nouveau ne plus te voir.
Passer d'un pont à un autre pont.
-Le pied léger,
la lumière vaincue, joyeuse.

Jeune garçon qui serait moi
regardant l'eau
couler au fil du courant
quand dans le miroir
ton sillage glisse et disparait.

Vicente Aleixandre, Ombre du paradis ( Espagne )

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02/06/2015

Tu es irremplaçable

guitare.jpg

Si la note disait : ce n'est pas une note qui fait une musique...
        il n'y aurait pas de symphonie.

Si le mot disait : ce n'est pas un mot qui fait une page...
        il n'y aurait pas de livre.

Si la pierre disait : ce n'est pas une pierre qui peut monter un mur...
        il n'y aurait ni maison, ni église ni cathédrale.

Si la goutte disait : ce n'est pas une goutte d'eau qui peut faire une rivière...
        il n'y aurait pas d'océan.

Si le grain de blé disait : ce n'est pas un grain de blé qui peut ensemencer un champ...
        il n'y aurait pas de moisson.

Si l'homme disait : ce n'est pas un geste d'amour qui peut sauver l'humanité...
        il n'y aurait jamais de justice et de paix,
        de dignité et de bonheur sur la terre des hommes.

Comme la symphonie a besoin de chaque note,
Comme le livre a besoin de chaque mot,
Comme la maison a besoin de chaque pierre,
Comme l'océan a besoin de chaque goutte d'eau,
Comme le moissonneur a besoin de chaque grain de blé,
        l'humanité tout entière a besoin de toi, là où tu es.

Et on pourrait ajouter : là comme tu es,
avec ta joie, ton espérance, ta souffrance, ta misère, ta vieillesse.
L’humanité toute entière a besoin de toi, car tu es unique.
Aimé de Dieu et donc irremplaçable.

Michel Quoist